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	<title>George Berkeley Archives - Mouvement Jovialiste</title>
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	<description>La communauté du bonheur et du plaisir</description>
	<lastBuildDate>Mon, 24 Aug 2026 17:58:16 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Berkeley et Moreau: Dialogue sur l&#8217;identité personnelle et l&#8217;immortalité de l&#8217;âme</title>
		<link>https://jovialiste.com/berkeley-moreau-identite-personnelle-immortalite-ame/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Lehoux]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 17:41:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[George Berkeley]]></category>
		<category><![CDATA[Immatérialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le soleil déclinait sur les collines, tout près d’un campus hors du temps. George Berkeley, après sa rencontre matinale avec André Moreau, était rentré chez lui l&#8217;esprit troublé. Les paroles du philosophe jovialiste résonnaient dans sa tête comme un écho obsédant. Toute la journée, il avait tenté de reprendre ses travaux habituels, mais en vain. Le soir venu, il s&#8217;était [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le soleil déclinait sur les collines, tout près d’un campus hors du temps. George Berkeley, après sa rencontre matinale avec André Moreau, était rentré chez lui l&rsquo;esprit troublé. Les paroles du philosophe jovialiste résonnaient dans sa tête comme un écho obsédant. Toute la journée, il avait tenté de reprendre ses travaux habituels, mais en vain. Le soir venu, il s&rsquo;était mis à relire ses propres <em>Principes</em> et ses <em>Trois Dialogues</em>, cherchant à se rassurer. Mais plus il lisait, plus l&rsquo;inquiétude grandissait. Vers minuit, une pensée terrible le frappa comme la foudre : si le Moi se construit, s&rsquo;il devient, s&rsquo;il se transforme perpétuellement comme le suggérait Moreau, que reste-t-il de la substance spirituelle permanente ? Et sans cette permanence, comment garantir l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme ? Berkeley passa la nuit à arpenter sa bibliothèque, les yeux rougis, le front brulant. À l&rsquo;aube, épuisé mais déterminé, il se précipita à la rencontre de Moreau qu’il savait près de lieu de leur rencontre la journée précédente.</p>
<p><strong><em>Nicolas Lehoux</em></strong><br />
Université du Québec à Montréal (Canada)</p>
<p><a href="https://www.academia.edu/172316306/Berkeley_et_Moreau_Dialogue_sur_lidentit%C3%A9_personnelle_et_limmortalit%C3%A9_de_l%C3%A2me" target="_blank" rel="noopener">TÉLÉCHARGER EN FORMAT PDF</a></p>
<p><em>Berkeley (rattrapant anxieusement Moreau)</em> — Monsieur Moreau ! Monsieur Moreau ! Il faut que je vous parle immédiatement !</p>
<p><em>Moreau (se retournant, un sourire amusé aux lèvres)</em> — Cher Berkeley ! Quelle surprise matinale ! Vous avez l&rsquo;air d&rsquo;avoir passé la nuit à combattre des démons métaphysiques. Asseyez-vous donc à cette table avec moi.</p>
<p><em>Berkeley (s’approchant précipitamment, les traits tirés)</em> — Des démons, oui ! Vos démons, Monsieur ! Je n&rsquo;ai pas fermé l&rsquo;œil de la nuit. Votre système&#8230; votre « déberkeleyisation » &#8230; elle détruit tout ce que j&rsquo;ai construit !</p>
<p><em>Moreau (versant du thé avec calme)</em> — Asseyez-vous, mon ami. Prenez ce thé. Et dites-moi précisément ce qui vous tourmente ainsi.</p>
<p><em>Berkeley (s&rsquo;asseyant nerveusement, refusant le thé d&rsquo;un geste)</em> — C&rsquo;est le Moi, Monsieur Moreau ! Le Moi ! Vous parlez d&rsquo;un Moi qui « devient », qui se transforme, qui « devient Dieu ». Mais dans mes <em>Principes</em>, j&rsquo;ai établi avec la plus grande clarté que l&rsquo;esprit est une substance active, permanente, distincte des idées passives qu&rsquo;il perçoit !</p>
<p><em>Moreau (l’observant tranquillement en sourirant)</em> — Je connais bien ce passage. Vous distinguez les idées, qui sont inertes et perçues, des notions, qui concernent les esprits actifs.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Exactement ! Et cette distinction est fondamentale ! Sans elle, tout s&rsquo;effondre ! Si le Moi n&rsquo;est qu&rsquo;un flux, une construction, un processus comme vous semblez le suggérer, alors nous tombons dans l&rsquo;erreur de Locke, ou pire, dans le scepticisme de Hume qui dissout l&rsquo;identité personnelle en un simple faisceau de perceptions !</p>
<p><em>Moreau (souriant doucement)</em> — Ah, je vois. Vous craignez que je transforme votre substance spirituelle en flux héraclitéen. Mais dites-moi, Berkeley, quand vous affirmez que l&rsquo;esprit est une substance, que voulez-vous dire exactement ?</p>
<p><em>Berkeley (avec véhémence)</em> — Je veux dire qu&rsquo;il existe un support permanent des perceptions, un sujet identique à lui-même qui demeure à travers le temps ! C&rsquo;est ce qui garantit que le Berkeley d&rsquo;hier est le même que le Berkeley d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, et que ce même Berkeley existera demain, et après la mort du corps !</p>
<p><em>Moreau</em> — L&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme. Voilà donc le vrai enjeu de votre nuit blanche.</p>
<p><em>Berkeley (se levant brusquement)</em> — Bien sûr que c&rsquo;est l&rsquo;enjeu ! Toute ma philosophie vise à établir la certitude de l&rsquo;existence de Dieu et l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme ! Si vous dissolvez le Moi en processus, vous détruisez cette certitude !</p>
<p><em>Moreau (toujours calme)</em> — Asseyez-vous, mon ami. Respirez. Vous vous emportez contre un fantôme. Je ne dissous rien du tout. Au contraire, je renforce votre intuition fondamentale.</p>
<p><em>Berkeley (se rasseyant, méfiant) </em>— Comment cela ? Expliquez-vous clairement, je vous prie.</p>
<p><em>Moreau</em> — Volontiers. Mais d&rsquo;abord, permettez-moi une question : dans votre système, qu&rsquo;est-ce qui constitue l&rsquo;identité du Moi ? Qu&rsquo;est-ce qui fait que vous êtes vous ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — C&rsquo;est&#8230; c&rsquo;est la conscience de soi, la réflexion par laquelle l&rsquo;esprit se saisit lui-même comme sujet pensant et percevant.</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellent. Et cette conscience de soi, est-elle statique ou dynamique ?</p>
<p><em>Berkeley (hésitant)</em> — Eh bien&#8230; elle est&#8230; elle accompagne toutes mes perceptions, tous mes actes de volonté&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Donc elle est active, n&rsquo;est-ce pas ? Elle n&rsquo;est pas une chose inerte posée là comme un caillou. Elle est un acte perpétuel de se saisir soi-même.<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<p><em>Berkeley </em>— Oui, mais cet acte suppose un agent permanent qui l&rsquo;accomplit !</p>
<p><em>Moreau (se penchant en avant)</em> — Voilà précisément où je veux en venir. Vous postulez un agent derrière l&rsquo;acte. Mais n&rsquo;est-ce pas là réintroduire exactement ce que vous avez critiqué chez les matérialistes ? Un substrat invisible, inconnaissable, qui « supporte » les qualités ?<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a></p>
<p><em>Berkeley (choqué)</em> — Comment osez-vous ! Ce n&rsquo;est pas du tout la même chose ! La substance matérielle est une chimère parce qu&rsquo;elle prétend exister en dehors de toute perception. Mais l&rsquo;esprit, je le connais directement par notion !</p>
<p><em>Moreau</em> — Ah ! Vous le connaissez par notion, dites-vous. Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une notion, selon vous ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Une notion est&#8230; c&rsquo;est la connaissance que l&rsquo;esprit a de lui-même et des autres esprits, distincte de la connaissance par idées.</p>
<p><em>Moreau</em> — Très bien. Donc vous admettez que nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;idée de l&rsquo;esprit, puisque l&rsquo;esprit n&rsquo;est pas un objet passif de perception. Nous en avons une notion. Mais alors, cette notion, comment se forme-t-elle ?</p>
<p><em>Berkeley (irrité)</em> — Elle ne se « forme » pas ! Elle est immédiate ! Je me connais moi-même directement !</p>
<p><em>Moreau (souriant)</em> — Immédiate, certes. Mais statique ou dynamique ? Quand vous dites « je me connais », n&rsquo;est-ce pas un acte de connaissance ? Et cet acte, ne se renouvelle-t-il pas à chaque instant ?<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a></p>
<p><em>Berkeley (troublé)</em> — Si&#8230; mais&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors voici ce que je vous propose : le Moi n&rsquo;est pas une chose qui accomplit des actes. Le Moi est l&rsquo;acte lui-même. L&rsquo;identité personnelle n&rsquo;est pas un substrat caché, c&rsquo;est la continuité dynamique de l&rsquo;acte de se poser soi-même.<a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a></p>
<p><em>Berkeley (se levant à nouveau, agité)</em> — Mais alors, qu&rsquo;est-ce qui garantit la permanence ? Si le Moi n&rsquo;est qu&rsquo;un acte qui se renouvelle, le Berkeley de maintenant n&rsquo;est pas le même que le Berkeley d&rsquo;il y a un instant !</p>
<p><em>Moreau (calmement)</em> — Vous confondez identité et immobilité. Dites-moi, Berkeley : êtes-vous exactement le même qu&rsquo;à vingt ans ?</p>
<p><em>Berkeley </em>— Bien sûr que non ! Mon corps a changé, mes idées se sont développées&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Et pourtant, vous affirmez être le même Berkeley. Comment est-ce possible ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Parce qu&rsquo;il y a une continuité de conscience, une mémoire qui relie tous ces moments&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Une continuité dynamique ! Vous venez de décrire précisément ce que j&rsquo;appelle le Moi comme processus. Ce n&rsquo;est pas un flux chaotique à la Hume, c&rsquo;est une synthèse active qui se maintient elle-même à travers le temps.<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a></p>
<p><em>Berkeley (se rasseyant lentement)</em> — Je&#8230; je vois où vous voulez en venir. Mais cela ne résout pas mon problème fondamental. Si le Moi est un processus, qu&rsquo;arrive-t-il à la mort ? Le processus s&rsquo;arrête, et tout disparait !</p>
<p><em>Moreau (avec douceur)</em> — Ah, nous touchons enfin au cœur de votre angoisse nocturne. L&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme. Mais dites-moi : dans votre système actuel, comment prouvez-vous cette immortalité ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Par le fait que l&rsquo;esprit est une substance simple, indivisible, donc incorruptible. Ce qui est simple ne peut se décomposer, donc ne peut mourir.</p>
<p><em>Moreau </em>— Un argument classique, emprunté à Platon et aux scolastiques. Mais permettez-moi de vous montrer qu&rsquo;il est plus faible que ce que je vous propose.</p>
<p><em>Berkeley (indigné)</em> — Plus faible ? Mon argument est parfaitement rigoureux !</p>
<p><em>Moreau (levant la main apaisante)</em> — Écoutez-moi d&rsquo;abord. Votre argument repose sur une analogie avec les corps matériels : ce qui est composé se décompose, donc ce qui est simple persiste. Mais n&rsquo;est-ce pas là raisonner encore selon les catégories du matérialisme ?<a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Absolument pas ! Je&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Laissez-moi finir. Vous dites : l&rsquo;esprit est simple, donc il ne peut se diviser. Mais la mort n&rsquo;est pas nécessairement une division. Elle pourrait être une cessation d&rsquo;activité. Votre argument ne prouve pas que l&rsquo;esprit doit continuer à agir après la mort du corps.<a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a></p>
<p><em>Berkeley (pâlissant) </em>— Vous&#8230; vous suggérez que l&rsquo;âme pourrait simplement cesser d&rsquo;exister ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Non, non ! Je montre seulement que votre argument classique a cette faiblesse. Mais mon approche, elle, n&rsquo;a pas ce problème.</p>
<p><em>Berkeley (anxieux)</em> — Expliquez-vous, de grâce !</p>
<p><em>Moreau </em>— Voici : si le Moi est l’acte de se poser soi-même, alors tant que cet acte s&rsquo;accomplit, le Moi existe. La question n&rsquo;est plus « est-ce qu&rsquo;une substance persiste ? » mais « est-ce que l&rsquo;acte de conscience peut cesser ? ».</p>
<p><em>Berkeley</em> — Et alors ? Il pourrait cesser !</p>
<p><em>Moreau (souriant)</em> — Pourrait-il vraiment ? Réfléchissez : pour que l&rsquo;acte de conscience cesse, il faudrait que la conscience cesse de se saisir elle-même. Mais comment une conscience pourrait-elle être consciente de sa propre cessation ? C&rsquo;est une contradiction dans les termes.<a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a></p>
<p><em>Berkeley (intrigué malgré lui)</em> — C&rsquo;est&#8230; c&rsquo;est un argument intéressant. Mais il ne prouve pas l&rsquo;immortalité, seulement qu&rsquo;on ne peut concevoir sa propre mort.</p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément ! Et n&rsquo;est-ce pas là une preuve plus forte que votre argument par la simplicité ? Vous ne pouvez même pas concevoir la cessation de votre conscience, parce que toute conception est un acte de conscience.<a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a></p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Je dois admettre que c&rsquo;est&#8230; troublant. Mais attendez. Vous disiez que le Moi « devient Dieu ». Cela implique un changement. Et si le Moi change, comment garantir qu&rsquo;il reste le même Moi ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellente question ! Vous touchez ici à ce que j&rsquo;appelle l&rsquo;absolu-<em>(relatif). </em>Le Moi est à la fois absolu et relatif : absolu dans son acte de se poser, relatif dans ses contenus.<a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Absolu<em>-(relatif)</em> ? Encore un de vos néologismes barbares !</p>
<p><em>Moreau (riant)</em> — Peut-être ! Mais écoutez : quand vous dites « je pense », le <em>je</em> est absolu (c&rsquo;est toujours le même sujet), mais le <em>pense</em> est relatif (le contenu change). L&rsquo;identité personnelle est cette synthèse de l&rsquo;absolu et du relatif.<a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Je vois&#8230; Vous distinguez le sujet formel de ses contenus variables. Mais cela ne revient-il pas à ma distinction entre l&rsquo;esprit et ses idées ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Presque ! Mais avec une différence cruciale : je ne fais pas du sujet une substance séparée. Le sujet est l&rsquo;acte de synthèse lui-même. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;agent derrière l&rsquo;acte, l&rsquo;agent est l&rsquo;acte.</p>
<p><em>Berkeley (se frottant les tempes) </em>— Vous me donnez le vertige, Monsieur Moreau. Mais je ne suis pas encore convaincu. Vous parlez d&rsquo;un acte qui se maintient lui-même, mais qu&rsquo;est-ce qui garantit cette continuité ? Dans mon système, c&rsquo;est Dieu qui maintient les idées dans l&rsquo;existence. Qu&rsquo;est-ce qui maintient le Moi dans le vôtre ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Ah ! Voilà une question magnifique ! Et c&rsquo;est ici que votre propre intuition fondamentale revient en force. Rappelez-vous ce que vous avez écrit : <em>esse est percipi</em> pour les idées, mais pour les esprits, <em>esse est percipere</em> — être, c&rsquo;est percevoir.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Oui, et alors ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors, l&rsquo;existence de l&rsquo;esprit est son activité même ! Vous l&rsquo;avez déjà dit vous-même ! L&rsquo;esprit n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;un support extérieur pour exister, parce que son existence consiste dans son acte de percevoir et de vouloir.</p>
<p><em>Berkeley (lentement)</em> — Je&#8230; j&rsquo;ai effectivement écrit cela. Mais je pensais à un agent permanent qui accomplit ces actes&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Et moi je vous dis : l&rsquo;agent est l&rsquo;acte ! Vous avez eu l&rsquo;intuition juste, mais vous l&rsquo;avez bridée par peur. Vous avez craint d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de votre propre logique. L&rsquo;immatérialisme libère l&rsquo;esprit de tout substrat, même spirituel !<a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a></p>
<p><em>Berkeley (troublé)</em> — Mais alors&#8230; si l&rsquo;esprit est pur acte, comment expliquer la mémoire ? Comment puis-je me souvenir de mon enfance si je ne suis qu&rsquo;un acte présent ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellente objection ! La mémoire n&rsquo;est pas un dépôt d&rsquo;images dans une substance-réservoir. La mémoire est un acte de re-présentation, de reconstruction active du passé dans le présent. Quand vous vous souvenez, vous ne consultez pas des archives mortes, vous recréez activement votre passé.<a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Recréer ? Mais alors, comment savoir si mes souvenirs sont fidèles ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Parce que cette recréation n&rsquo;est pas arbitraire ! Elle est guidée par la cohérence de votre identité narrative. Le Moi se construit en maintenant une cohérence entre passé, présent et futur. C&rsquo;est cette cohérence dynamique qui constitue l&rsquo;identité personnelle.<a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a></p>
<p><em>Berkeley (se levant, marchant de long en large) </em>— Je commence à voir&#8230; Mais attendez. Vous disiez que le Moi « devient Dieu ». Cela m&rsquo;effraie toujours profondément. N&rsquo;est-ce pas du blasphème ?</p>
<p><em>Moreau (avec sérieux)</em> — Écoutez-moi bien, Berkeley. Quand je dis que l&rsquo;acte de devenir Dieu est ce que j&rsquo;appelle être, je ne dis pas que l&rsquo;homme remplace Dieu. Je dis que l&rsquo;homme participe à l&rsquo;acte divin de création.<a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Participer ? Comment cela ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Vous avez vous-même écrit que les idées sont imprimées sur nos sens par Dieu. Mais vous avez aussi dit que l&rsquo;esprit est actif, qu&rsquo;il combine, qu&rsquo;il compare, qu&rsquo;il juge. N&rsquo;est-ce pas là une forme de création ?</p>
<p><em>Berkeley </em>— Si, mais une création secondaire, dépendante de Dieu !</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Et c&rsquo;est précisément ce que je veux dire par « devenir Dieu ». Non pas être Dieu dans son absoluité, mais tendre vers l&rsquo;absolu, participer à l&rsquo;acte créateur. La différence est grande : Dieu comme créateur du ciel et de la terre d&rsquo;une part, et Dieu dans l&rsquo;acte de se donner Dieu à soi-même d&rsquo;autre part !<a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a></p>
<p><em>Berkeley (s&rsquo;arrêtant)</em> — Se donner Dieu à soi-même&#8230; Vous voulez dire que chaque conscience participe à la conscience divine ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Oui ! Et n&rsquo;est-ce pas là votre propre panenthéisme ? Vous avez écrit que nous sommes en Dieu, que nous nous mouvons en Lui. Je ne fais que pousser cette intuition jusqu&rsquo;à sa conclusion logique.</p>
<p><em>Berkeley (se rasseyant, épuisé)</em> — Vous êtes diaboliquement habile, Monsieur Moreau. Vous utilisez mes propres arguments contre moi.</p>
<p><em>Moreau (souriant)</em> — Non, mon ami. Je les utilise pour vous. Pour vous libérer de vos propres chaines. Mais revenons à votre angoisse nocturne : l&rsquo;immortalité. Comprenez-vous maintenant pourquoi mon approche la garantit mieux que la vôtre ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Je&#8230; je crois commencer à comprendre. Si le Moi est l&rsquo;acte de se poser soi-même, et si cet acte participe à l&rsquo;acte divin&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors il ne peut cesser ! Parce que l&rsquo;acte divin ne cesse jamais. Votre erreur était de penser l&rsquo;immortalité comme la persistance d&rsquo;une substance. Mais l&rsquo;immortalité, c&rsquo;est la participation à l&rsquo;éternité de l&rsquo;acte créateur.<a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a></p>
<p><em>Berkeley (les larmes aux yeux)</em> — C&rsquo;est&#8230; c&rsquo;est magnifique. Mais dites-moi : que devient alors la mort du corps ? Comment l&rsquo;expliquer ?</p>
<p><em>Moreau</em> — La mort du corps n&rsquo;est qu&rsquo;une transformation de la perception, pas une annihilation de la conscience. Vous l&rsquo;avez vous-même suggéré dans vos écrits : si <em>esse est percipi</em>, alors ce que nous appelons « mort » n&rsquo;est qu&rsquo;un changement dans l&rsquo;ordre des perceptions.<a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a></p>
<p><em>Berkeley </em>— Oui, j&rsquo;y ai pensé, mais je n&rsquo;ai jamais osé le développer pleinement&#8230;</p>
<p><em>Moreau </em>— Parce que vous craigniez l&rsquo;accusation d&rsquo;hérésie ! Mais votre système le permet parfaitement. L&rsquo;acquisition d&rsquo;un vécu immatérialiste transforme littéralement notre conception de la mort mais aussi la façon dont nous mourons.<a href="#_ftn19" name="_ftnref19">[19]</a></p>
<p><em>Berkeley (essuyant ses yeux)</em> — Vous me montrez mon propre système sous un jour que je n&rsquo;avais jamais osé envisager. Mais j&rsquo;ai encore une objection. Si le Moi se transforme perpétuellement, s&rsquo;il « devient », comment puis-je être responsable de mes actes passés ? La responsabilité morale ne suppose-t-elle pas une identité stable ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Au contraire ! La responsabilité suppose une continuité dynamique, pas une identité figée. Vous êtes responsable de vos actes passés précisément parce que vous les assumez dans votre synthèse présente. La liberté de l&rsquo;homme consiste à admettre l&rsquo;absolu. En l&rsquo;absolu, l&rsquo;homme est responsable vis-à-vis lui-même.<a href="#_ftn20" name="_ftnref20">[20]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Responsable vis-à-vis lui-même&#8230; Mais qu&rsquo;en est-il de la responsabilité devant Dieu ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Elle demeure ! Mais transformée. Vous n&rsquo;êtes plus un serviteur passif qui attend le jugement d&rsquo;un maitre extérieur. Vous êtes un cocréateur qui participe activement à l&rsquo;ordre divin. Votre responsabilité est d&rsquo;autant plus grande que vous êtes libre.</p>
<p><em>Berkeley (pensif) </em>— Je vois&#8230; Vous ne supprimez pas Dieu, vous le relocalisez. Il n&rsquo;est plus seulement transcendant, Il est aussi immanent à chaque acte de conscience.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! L&rsquo;infini est central partout ! Nous opérons à partir de ce centre-là, ici ! Votre panenthéisme était déjà sur la bonne voie, mais vous n&rsquo;osiez pas aller jusqu&rsquo;au bout.<a href="#_ftn21" name="_ftnref21">[21]</a></p>
<p><em>Berkeley (se levant, s’éloignant un peu de la table)</em> — Vous savez, Monsieur Moreau, quand je suis arrivé ce matin, j&rsquo;étais prêt à vous dénoncer comme hérétique. Mais maintenant&#8230;</p>
<p><em>Moreau (le rejoignant)</em> — Maintenant ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Maintenant, je me demande si ce n&rsquo;est pas moi qui ai été trop timide. Trop prisonnier des conventions théologiques de mon époque. Vous me montrez que mon système peut être plus fort, plus cohérent que je ne l&rsquo;avais imaginé.</p>
<p><em>Moreau</em> — C&rsquo;est exactement ce que j&rsquo;appelle « déberkeleyiser » l&rsquo;immatérialisme. Non pas le trahir, mais le libérer de ses limitations historiques. Vous avez posé les fondations, mais vous n&rsquo;avez pas construit l&rsquo;édifice complet.<a href="#_ftn22" name="_ftnref22">[22]</a></p>
<p><em>Berkeley (se retournant)</em> — Mais dites-moi franchement : dans votre système, le Moi est-il vraiment immortel ? Ou n&rsquo;est-ce qu&rsquo;une transformation perpétuelle qui finit par dissoudre l&rsquo;identité ?</p>
<p><em>Moreau (avec gravité)</em> — Le Moi est immortel précisément parce qu&rsquo;il se transforme. L&rsquo;immortalité n&rsquo;est pas la pétrification, c&rsquo;est la vie éternelle. Et la vie, c&rsquo;est le mouvement, la création, la transformation. Un Moi figé serait un Moi mort.<a href="#_ftn23" name="_ftnref23">[23]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — La vie éternelle comme transformation perpétuelle&#8230; C&rsquo;est une idée vertigineuse.</p>
<p><em>Moreau</em> — Mais n&rsquo;est-ce pas plus conforme à l&rsquo;expérience ? Regardez votre propre vie : vous avez changé, évolué, muri. Et pourtant, vous êtes resté vous-même. Cette continuité dans le changement, c&rsquo;est précisément ce que je décris.</p>
<p><em>Berkeley (souriant faiblement)</em> — Vous avez réponse à tout, n&rsquo;est-ce pas ?</p>
<p><em>Moreau (riant)</em> — Non ! J&rsquo;ai simplement poussé vos réponses jusqu&rsquo;à leurs conclusions logiques. Tout ce que je vous ai dit était déjà en germe dans vos <em>Principes</em> et vos <em>Trois dialogues</em>. Vous aviez la semence, je vous montre l&rsquo;arbre.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Mais alors, pourquoi n&rsquo;ai-je pas vu cela moi-même ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Parce que vous étiez prisonnier de votre époque, de vos controverses avec les athées et les sceptiques. Vous avez passé votre vie à défendre votre système au lieu de l&rsquo;explorer. La défense rend rigide, l&rsquo;exploration rend libre.</p>
<p><em>Berkeley (s&rsquo;asseyant à nouveau)</em> — Vous avez raison. J&rsquo;ai été trop occupé à combattre les matérialistes pour voir toutes les richesses de mon propre système. Mais dites-moi encore une chose : si le Moi est cet acte dynamique que vous décrivez, comment expliquer les différences entre les individus ? Pourquoi suis-je Berkeley et non Moreau ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellente question ! Parce que chaque Moi est une synthèse unique d&rsquo;expériences, de perceptions, de volitions. Votre histoire personnelle, vos choix, vos engagements constituent votre identité singulière. L&rsquo;immatérialisme est un individualisme social d&rsquo;ordre métaphysique parce qu&rsquo;il prône l&rsquo;autonomie des personnes en même temps que leur coexistence sur un plan intersubjectif.<a href="#_ftn24" name="_ftnref24">[24]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Individualisme social&#8230; Vous voulez dire que les Moi sont à la fois autonomes et reliés ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément ! C&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle le tiers-monde : l&rsquo;espace intersubjectif où les consciences se rencontrent et se coordonnent. Vous n&rsquo;êtes pas un Moi isolé, vous êtes un Moi en relation avec d&rsquo;autres Moi, tous participant au même ordre divin.<a href="#_ftn25" name="_ftnref25">[25]</a></p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Le tiers-monde&#8230; Cela résoudrait mon problème de la preuve de l&rsquo;existence d&rsquo;autres esprits. Dans mes <em>Principes</em>, j&rsquo;ai dû recourir à l&rsquo;analogie et au langage, mais c&rsquo;était peu satisfaisant.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Le tiers-monde n&rsquo;est pas un royaume platonicien d&rsquo;essences éternelles, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des connexions qui peuvent s&rsquo;établir par la multiplicité de leur coordination. C&rsquo;est dynamique, vivant, en perpétuelle construction.</p>
<p><em>Berkeley (se levant, énergisé malgré sa fatigue)</em> — Monsieur Moreau, vous m&rsquo;avez donné beaucoup à penser. Ma nuit blanche n&rsquo;aura pas été vaine. Mais j&rsquo;ai besoin de temps pour digérer tout cela.</p>
<p><em>Moreau (se levant aussi)</em> — Prenez tout le temps nécessaire, mon ami. La philosophie n&rsquo;est pas une course. Mais permettez-moi une dernière remarque : votre angoisse nocturne concernant l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme révèle quelque chose de profond.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Quoi donc ?</p>
<p><em>Moreau </em>— Que vous aviez besoin de cette crise pour avancer. Votre système était devenu trop confortable, trop défensif. Cette nuit d&rsquo;angoisse vous a forcé à questionner vos propres fondements. Et c&rsquo;est précisément dans ce questionnement que réside la véritable philosophie.</p>
<p><em>Berkeley (ému)</em> — Vous avez peut-être raison. J&rsquo;ai passé tant d&rsquo;années à défendre mes positions que j&rsquo;ai oublié l&rsquo;audace de ma jeunesse, quand j&rsquo;ai osé nier la matière à vingt-cinq ans.</p>
<p><em>Moreau</em> — Cette audace n&rsquo;est pas morte, Berkeley. Elle sommeillait simplement. Et votre nuit blanche l&rsquo;a réveillée. Maintenant, laissez-moi vous poser une dernière question : qu&rsquo;est-ce qui vous effrayait vraiment dans l&rsquo;idée d&rsquo;un Moi dynamique ?</p>
<p><em>Berkeley (après un long silence)</em> — La&#8230; la dissolution. L&rsquo;idée de perdre mon identité, de me dissoudre dans un flux impersonnel. De n&rsquo;être plus moi.</p>
<p><em>Moreau (avec douceur)</em> — Et maintenant ? Après notre conversation ?</p>
<p><em>Berkeley (lentement)</em> — Maintenant&#8230; je commence à voir que la transformation n&rsquo;est pas la dissolution. Que devenir n&rsquo;est pas cesser d&rsquo;être. Que l&rsquo;identité peut être dynamique sans être évanescente.<a href="#_ftn26" name="_ftnref26">[26]</a></p>
<p><em>Moreau</em> — Voilà ! Vous venez de comprendre l&rsquo;essentiel. Le Moi n&rsquo;est pas une chose qui persiste malgré le changement, c&rsquo;est un acte qui se maintient par le changement. Chaque transformation vous enrichit, vous approfondit, vous fait devenir plus pleinement vous-même.<a href="#_ftn27" name="_ftnref27">[27]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Mais alors, à la mort, que se passe-t-il ? Le Moi continue à se transformer ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Pourquoi pas ? Vous avez vous-même écrit que l&rsquo;esprit est actif, créateur. Pourquoi cette activité cesserait-elle simplement parce que le corps se décompose ? Le corps n&rsquo;était qu&rsquo;un ensemble d&rsquo;idées dans votre système, pas la condition de l&rsquo;esprit.</p>
<p><em>Berkeley (les yeux brillants)</em> — Vous avez raison ! Dans mes <em>Principes</em>, j&rsquo;ai établi que le corps n&rsquo;est qu&rsquo;une collection d&rsquo;idées perçues. L&rsquo;esprit ne dépend pas du corps pour exister, puisque c&rsquo;est l&rsquo;esprit qui perçoit le corps !</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Alors pourquoi la cessation de ces idées particulières (le corps) entrainerait-elle la cessation de l&rsquo;esprit percevant ? C&rsquo;est illogique dans votre propre système.</p>
<p><em>Berkeley (excité)</em> — Oui ! Et si l&rsquo;esprit continue à percevoir après la mort du corps, il continue à être, puisque <em>esse est percipere</em> pour les esprits !</p>
<p><em>Moreau (souriant largement)</em> — Vous voyez ? Vous venez de prouver l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme d&rsquo;une manière bien plus solide que votre argument par la simplicité de la substance. Et vous l&rsquo;avez fait en acceptant le caractère dynamique du Moi.<a href="#_ftn28" name="_ftnref28">[28]</a></p>
<p><em>Berkeley (marchant de long en large, animé)</em> — C&rsquo;est extraordinaire ! Mon système contenait déjà cette preuve, mais je ne la voyais pas parce que j&rsquo;étais obsédé par l&rsquo;idée de substance permanente. En libérant le Moi de cette catégorie matérialiste, je le rends en fait plus immortel, pas moins !</p>
<p><em>Moreau</em> — Voilà ce que j&rsquo;appelle « déberkeleyiser » l&rsquo;immatérialisme. Non pas le détruire, mais le purifier de ses dernières scories matérialistes. Vous aviez éliminé la substance matérielle, mais vous conserviez encore la catégorie de substance pour l&rsquo;esprit. Je vous propose de l&rsquo;éliminer aussi.<a href="#_ftn29" name="_ftnref29">[29]</a></p>
<p><em>Berkeley (s&rsquo;arrêtant brusquement)</em> — Mais alors, qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;esprit, si ce n&rsquo;est pas une substance ?</p>
<p><em>Moreau</em> — L&rsquo;esprit est acte pur. Activité, créativité, liberté. Il n&rsquo;est pas une chose qui agit, il est l&rsquo;action elle-même. Et cette action, parce qu&rsquo;elle est consciente d&rsquo;elle-même, ne peut cesser sans se contredire.<a href="#_ftn30" name="_ftnref30">[30]</a></p>
<p><em>Berkeley (s&rsquo;asseyant, épuisé mais radieux)</em> — Acte pur&#8230; Comme l&rsquo;<em>actus purus </em>de la scolastique, mais appliqué à chaque esprit fini&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Oui ! Chaque esprit fini est une participation à l&rsquo;acte pur divin. Vous n&rsquo;êtes pas une copie statique de Dieu, vous êtes un reflet dynamique, un cocréateur qui participe à l&rsquo;œuvre divine.<a href="#_ftn31" name="_ftnref31">[31]</a></p>
<p><em>Berkeley </em>— Pour vous, l&rsquo;idée n&rsquo;est le signe de Dieu que si l&rsquo;homme est le reflet de Dieu&#8230;</p>
<p><em>Moreau (ravi)</em> — Ah ! Vous citez mes propres mots ! Oui, exactement ! Votre système fait de l&rsquo;homme le reflet de Dieu, mais aussi le façonneur de sa propre réalité. Les deux ne sont pas contradictoires, ils sont complémentaires.</p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Je commence à comprendre pourquoi vous dites que l&rsquo;acte de devenir Dieu est ce que vous appelez être. Ce n&rsquo;est pas du blasphème, c&rsquo;est la reconnaissance que l&rsquo;existence humaine est une participation à l&rsquo;existence divine.<a href="#_ftn32" name="_ftnref32">[32]</a></p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément ! Et cette participation n&rsquo;est pas passive, elle est active. Vous ne recevez pas simplement l&rsquo;être de Dieu comme un don inerte, vous le cocréez par votre activité consciente.</p>
<p><em>Berkeley (se levant)</em> — Le soleil se lève, Monsieur Moreau. J&rsquo;ai passé la nuit la plus angoissante de ma vie, suivie de l&rsquo;aube la plus lumineuse.</p>
<p><em>Moreau (le rejoignant)</em> — La nuit obscure de l&rsquo;âme précède toujours l&rsquo;illumination. Votre angoisse était nécessaire. Elle vous a forcé à questionner ce que vous teniez pour acquis.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Vous savez, quand je suis arrivé ce matin, je croyais que vous détruisiez mon système. Maintenant, je vois que vous le complétez. Vous faites ce que je n&rsquo;ai pas osé faire.</p>
<p><em>Moreau</em> — Non, mon ami. Je ne fais que vous montrer ce que vous avez déjà fait. Tout était là, dans vos écrits. Il suffisait de le lire sans les lunettes de l&rsquo;apologétique.<a href="#_ftn33" name="_ftnref33">[33]</a></p>
<p><em>Berkeley (se retournant) </em>— L&rsquo;apologétique&#8230; Oui, vous avez raison. J&rsquo;ai passé trop de temps à défendre mon système contre les athées et les sceptiques. Cette posture défensive m&rsquo;a empêché de voir toutes ses potentialités.</p>
<p><em>Moreau </em>— C&rsquo;est le danger de toute philosophie qui se met au service d&rsquo;une cause extérieure. Elle perd sa liberté d&rsquo;exploration. L&rsquo;immatérialisme doit s&rsquo;engager résolument sur la voie de l&rsquo;existence autoégocratique de l&rsquo;homme brandissant le sceptre de sa créativité supérieure.<a href="#_ftn34" name="_ftnref34">[34]</a></p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — Autoégocratique&#8230; Vous et vos néologismes ! Mais je commence à les apprécier. Ils expriment des nuances que le vocabulaire traditionnel ne peut capturer.</p>
<p><em>Moreau</em> — C&rsquo;est exactement pourquoi une « déberkeleyisation » de l&rsquo;immatérialisme doit élaborer une terminologie qui amènera une axiomatisation. Votre vocabulaire était encore trop lié aux catégories scolastiques.<a href="#_ftn35" name="_ftnref35">[35]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Vous voulez créer un nouveau langage philosophique ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Pas un langage arbitraire, mais un langage qui exprime fidèlement les structures de l&rsquo;immatérialisme. Un langage où chaque terme a une place précise dans l&rsquo;architectonique du système.<a href="#_ftn36" name="_ftnref36">[36]</a></p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Une architectonique&#8230; Vous avez raison, je n&rsquo;ai jamais construit une table systématique des catégories de l&rsquo;immatérialisme. J&rsquo;ai critiqué, argumenté, défendu, mais je n&rsquo;ai pas construit.</p>
<p><em>Moreau </em>— Parce que vous étiez trop occupé à combattre. Mais maintenant, imaginez : l&rsquo;absolu<em>-(relatif)</em>, l&rsquo;universel<em>-(concret)</em>, l&rsquo;irréductible individu, le mouvement pur, le tiers-monde, la compréhension, le Moi. Voilà les catégories fondamentales de l&rsquo;immatérialisme moderne.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Et le Moi dynamique que nous avons discuté cette nuit trouve sa place dans cette architectonique ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Absolument ! Le Moi est la catégorie centrale, celle qui unifie toutes les autres. C&rsquo;est le Moi qui pose l&rsquo;absolu<em>-(relatif)</em>, qui synthétise l&rsquo;universel<em>-(concret)</em>, qui se manifeste comme irréductible individu, qui s&rsquo;exprime dans le mouvement pur, qui participe au tiers-monde.</p>
<p><em>Berkeley (avec admiration)</em> — Vous avez vraiment pensé à tout, n&rsquo;est-ce pas ?</p>
<p><em>Moreau (modestement)</em> — Non, j&rsquo;ai simplement systématisé ce que vous aviez découvert. Vous êtes le pionnier, je suis l&rsquo;architecte qui construit sur vos fondations.</p>
<p><em>Berkeley (ému)</em> — Monsieur Moreau, je dois vous faire un aveu. Quand je suis arrivé ce matin, j&rsquo;étais prêt à vous dénoncer comme destructeur de mon œuvre. Maintenant, je vois que vous en êtes le plus fidèle continuateur.</p>
<p><em>Moreau (posant la main sur l&rsquo;épaule de Berkeley)</em> — Et vous, mon ami, vous êtes plus grand que vous ne le pensiez. Votre système contenait des trésors que vous n&rsquo;aviez pas encore découverts. Cette nuit blanche vous les a révélés.</p>
<p><em>Berkeley (regardant le soleil levant)</em> — Une nuit blanche qui se termine par une aube lumineuse. C&rsquo;est symbolique, n&rsquo;est-ce pas ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Tout est symbolique pour qui sait voir. Et vous, Berkeley, vous avez toujours su voir. Vous avez vu que la matière n&rsquo;existe pas, que seul l&rsquo;esprit est réel. Maintenant, vous voyez aussi que l&rsquo;esprit n&rsquo;est pas une chose, mais un acte.</p>
<p><em>Berkeley (se retournant)</em> — Un acte qui ne peut cesser sans se contredire, donc un acte immortel.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Vous venez de résumer en une phrase ce que nous avons exploré toute la nuit. L&rsquo;immortalité n&rsquo;est pas la persistance d&rsquo;une substance, c&rsquo;est l&rsquo;impossibilité logique de la cessation de la conscience.<a href="#_ftn37" name="_ftnref37">[37]</a></p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — C&rsquo;est une preuve bien plus forte que celle que j&rsquo;avais proposée. Et elle découle naturellement de mon propre système, une fois libéré de ses scories scolastiques.</p>
<p><em>Moreau</em> — Voilà ce que signifie « déberkeleyiser » : libérer Berkeley de Berkeley lui-même, ou plutôt, libérer le vrai Berkeley du Berkeley historiquement conditionné.</p>
<p><em>Berkeley (riant)</em> — Vous avez une façon bien étrange de me rendre hommage : en me « déberkeleyisant » !</p>
<p><em>Moreau (riant aussi)</em> — C&rsquo;est le plus grand hommage que je puisse vous rendre ! Montrer que votre système est si puissant qu&rsquo;il peut se libérer de ses propres limitations historiques.</p>
<p><em>Berkeley (redevenant sérieux)</em> — Mais dites-moi, Monsieur Moreau : dans ce système « déberkeleyisé », qu&rsquo;advient-il de la grâce divine ? Si l&rsquo;homme est cocréateur, a-t-il encore besoin de la grâce ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellente question ! La grâce n&rsquo;est pas éliminée, elle est transformée. Elle n&rsquo;est plus une intervention extérieure qui vient sauver un homme passif. Elle est la participation même de l&rsquo;homme à l&rsquo;acte divin. Recevoir la grâce, c&rsquo;est devenir cocréateur.<a href="#_ftn38" name="_ftnref38">[38]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Donc la grâce n&rsquo;est pas opposée à la liberté, elle en est la condition ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément ! La liberté de l&rsquo;homme consiste à admettre l&rsquo;absolu. En l&rsquo;absolu, l&rsquo;homme est responsable vis-à-vis lui-même. Seul un démiurge a ce pouvoir d&rsquo;engagement.<a href="#_ftn39" name="_ftnref39">[39]</a></p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Un démiurge responsable&#8230; C&rsquo;est une vision bien plus exigeante que celle d&rsquo;un serviteur obéissant.</p>
<p><em>Moreau</em> — Oui, mais bien plus digne aussi. Votre système libère l&rsquo;homme du déterminisme matérialiste. Je propose simplement d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de cette libération : faire de l&rsquo;homme un partenaire actif de Dieu, pas un spectateur passif.</p>
<p><em>Berkeley (se levant, énergisé)</em> — Monsieur Moreau, vous m&rsquo;avez donné une nouvelle jeunesse philosophique. Je rentre chez moi avec l&rsquo;envie de tout réécrire !</p>
<p><em>Moreau (souriant)</em> — Inutile de tout réécrire. Vos <em>Principes</em> et vos <em>Trois dialogues</em> sont parfaits tels qu&rsquo;ils sont. Il suffit maintenant que d&rsquo;autres les lisent avec les yeux que vous auriez dû avoir — les yeux de la liberté absolue.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Une dernière question, Monsieur Moreau : pourquoi avez-vous pris tant de peine pour me convaincre ? Pourquoi était-il si important que je comprenne votre « déberkeleyisation » ?</p>
<p><em>Moreau (avec émotion) </em>— Parce que vous êtes le père de l&rsquo;immatérialisme, Berkeley. Sans vous, rien de ce que je propose ne serait possible. Je ne construis pas contre vous, je construis avec vous, à partir de vous. Votre approbation n&rsquo;est pas nécessaire à la vérité de mes idées, mais elle serait&#8230; précieuse.</p>
<p><em>Berkeley (ému)</em> — Vous l&rsquo;avez, Monsieur Moreau. Vous avez mon approbation. Non pas parce que vous flattez mon égo, mais parce que vous avez vu dans mon système ce que je n&rsquo;osais pas voir moi-même.</p>
<p><em>Moreau </em>— Alors nous sommes réconciliés ? Berkeley et la « déberkeleyisation » de Berkeley ?</p>
<p><em>Berkeley (tendant la main)</em> — Réconciliés. Ou plutôt, unifiés. Car je comprends maintenant que vous ne me trahissez pas, vous me libérez.</p>
<p><em>Moreau (serrant la main de Berkeley) </em>— Et vous, en acceptant cette libération, vous montrez la grandeur d&rsquo;un véritable philosophe : celui qui préfère la vérité à son propre système.</p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — Ou plutôt, celui qui découvre que son système contenait plus de vérité qu&rsquo;il ne le croyait.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! L&rsquo;immatérialisme moderne diffère beaucoup de l&rsquo;immatérialisme classique bien qu&rsquo;il ait la même source. Cette source, c&rsquo;est vous. Et elle est si riche qu&rsquo;elle peut nourrir des développements que vous n&rsquo;aviez pas anticipés.</p>
<p><em>Berkeley (regardant une dernière fois le jardin illuminé par le soleil levant)</em> — Ce jardin, Monsieur Moreau&#8230; Hier soir, dans mon angoisse, je me demandais s&rsquo;il continuerait d&rsquo;exister après ma mort. Maintenant, je comprends que la question était mal posée.</p>
<p><em>Moreau </em>— Comment cela ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Le jardin n&rsquo;existe que dans la perception. Mais la perception n&rsquo;est pas un évènement isolé, c&rsquo;est un acte qui participe à l&rsquo;ordre divin. Quand je mourrai, cet acte ne cessera pas, il se transformera. D&rsquo;autres percevront ce jardin, et moi, je percevrai&#8230; autre chose.</p>
<p><em>Moreau (radieux)</em> — Vous voyez ? Vous avez compris ! La mort n&rsquo;est qu&rsquo;une transformation de la perception, pas une annihilation. Et cette transformation, loin d&rsquo;être une perte, est peut-être un enrichissement.<a href="#_ftn40" name="_ftnref40">[40]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Un enrichissement&#8230; Oui, pourquoi pas ? Si l&rsquo;esprit est acte pur, pourquoi la mort du corps limiterait-elle ses possibilités ? Elle pourrait au contraire les élargir.</p>
<p><em>Moreau</em> — Voilà une intuition magnifique ! Le corps, dans votre système, n&rsquo;est qu&rsquo;un ensemble d&rsquo;idées particulières. Sa dissolution libère peut-être l&rsquo;esprit pour percevoir d&rsquo;autres ordres de réalité.<a href="#_ftn41" name="_ftnref41">[41]</a></p>
<p><em>Berkeley (avec enthousiasme) </em>— C&rsquo;est cohérent avec mon système ! Si <em>esse est percipi</em> pour les objets et <em>esse est percipere</em> pour les esprits, alors l&rsquo;esprit qui cesse de percevoir ce corps ne cesse pas de percevoir en général.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Et voilà comment l&rsquo;immatérialisme garantit l&rsquo;immortalité de manière bien plus solide que toutes les preuves scolastiques. Ce n&rsquo;est pas une promesse théologique, c&rsquo;est une nécessité logique.<a href="#_ftn42" name="_ftnref42">[42]</a></p>
<p><em>Berkeley (riant)</em> — Vous transformez ma théologie en logique !</p>
<p><em>Moreau (riant aussi)</em> — Non, je montre que votre logique était déjà théologique, mais d&rsquo;une théologie philosophique, pas apologétique. Une théologie qui découle de la nature même de la conscience, pas d&rsquo;une révélation extérieure.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Une théologie philosophique&#8230; J&rsquo;aime cette expression. Elle décrit bien ce que j&rsquo;ai toujours voulu faire, même si je ne l&rsquo;ai pas toujours réussi.</p>
<p><em>Moreau</em> — Vous l&rsquo;avez réussi, Berkeley. Vous avez simplement eu peur de votre propre audace. Mais cette nuit, vous avez retrouvé le courage de votre jeunesse.</p>
<p><em>Berkeley (pensif)</em> — Vous savez, Monsieur Moreau, il y a quelque chose d&rsquo;ironique dans tout cela. J&rsquo;ai passé ma vie à combattre le scepticisme, et voilà que vous me montrez que mon système contenait les germes d&rsquo;un scepticisme méthodologique que je n&rsquo;avais pas pleinement exploité.</p>
<p><em>Moreau</em> — Ah ! Vous avez remarqué ! Oui, c&rsquo;est à tort qu&rsquo;on vous croit sceptique ; quand vous combattez la substance comme soutien d&rsquo;accidents, la représentation comme tableau et l&rsquo;abstraction comme entité spirituelle sans efficace, vous êtes purement critique.<a href="#_ftn43" name="_ftnref43">[43]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Critique, mais pas sceptique. Je critique pour fonder, pas pour détruire.</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Et c&rsquo;est cette dimension critique que je veux préserver et amplifier. L&rsquo;immatérialisme ne doit pas être considéré comme une tentative pour anéantir le matérialisme. Il doit simplement ignorer la matière, comme si elle n’avait jamais existé.<a href="#_ftn44" name="_ftnref44">[44]</a></p>
<p><em>Berkeley (surpris)</em> — Ignorer ? Mais j&rsquo;ai passé ma vie à la réfuter !</p>
<p><em>Moreau</em> — Et c&rsquo;est là votre erreur ! En la réfutant, vous la maintenez comme adversaire. Moi, je propose de l&rsquo;oublier purement et simplement. Peut-être une telle attitude ouvrirait-elle la porte à une compréhension de l&rsquo;univers si différente que notre vie intime de chaque jour en serait changée.</p>
<p><em>Berkeley (réfléchissant)</em> — Oublier la matière&#8230; Ne plus argumenter contre elle, mais vivre comme si elle n&rsquo;existait pas&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> — Oui ! Sentir toutes choses plus légères, plus significatives, plus claires, moins résistantes à l&rsquo;action de l&rsquo;intelligence, plus ouvertes à la pensée, moins étrangères, moins mystérieuses.<a href="#_ftn45" name="_ftnref45">[45]</a></p>
<p><em>Berkeley (les yeux brillants)</em> — C&rsquo;est exactement ce que je ressentais dans ma jeunesse, quand j&rsquo;ai découvert l&rsquo;immatérialisme ! Cette légèreté, cette transparence du réel ! Mais j&rsquo;ai perdu cette sensation en me battant contre les matérialistes.</p>
<p><em>Moreau</em> — Parce que le combat vous a enfermé dans leurs catégories. Vous avez accepté leur terrain de bataille. Mais l&rsquo;immatérialisme n&rsquo;a pas besoin de se battre. Il suffit qu&rsquo;il soi, qu&rsquo;il se vive, qu&rsquo;il transforme notre expérience quotidienne.<a href="#_ftn46" name="_ftnref46">[46]</a></p>
<p><em>Berkeley (avec nostalgie)</em> — Retrouver cette légèreté originelle&#8230; Oui, c&rsquo;est ce que je voudrais. Mais comment faire après tant d&rsquo;années de controverses ?</p>
<p><em>Moreau</em> — En acceptant la « déberkeleyisation ». En laissant tomber les défenses apologétiques, les compromis théologiques, les prudences académiques. En revenant à l&rsquo;intuition pure : être, c&rsquo;est être perçu.</p>
<p><em>Berkeley (murmurant)</em> — <em>Esse est percipi</em>&#8230; Ma formule fondamentale. Vous avez raison, elle contient tout. Tout le reste n&rsquo;était que développement, défense, justification.</p>
<p><em>Moreau</em> — Et maintenant, vous pouvez la laisser parler d&rsquo;elle-même, sans béquilles. Elle est assez forte pour se tenir debout.</p>
<p><em>Berkeley (se redressant)</em> — Monsieur Moreau, je rentre chez moi transformé. Cette nuit d&rsquo;angoisse suivie de cette aube de clarté restera gravée dans ma mémoire.</p>
<p><em>Moreau</em> — Dans votre mémoire active, qui n&rsquo;est pas un dépôt passif mais un acte de reconstruction créatrice.</p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — Vous ne perdez jamais une occasion de rappeler vos principes !</p>
<p><em>Moreau (riant)</em> — C&rsquo;est que je veux vous les faire vivre, pas seulement les comprendre intellectuellement. L&rsquo;immatérialisme n&rsquo;est pas une théorie abstraite, c&rsquo;est une vision du monde qui transforme notre existence.</p>
<p><em>Berkeley</em> — Une vision du monde&#8230; Oui, c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai toujours voulu créer. Mais je me suis laissé distraire par les polémiques.<a href="#_ftn47" name="_ftnref47">[47]</a></p>
<p><em>Moreau</em> — Les polémiques sont nécessaires à une époque, mais elles ne doivent pas devenir une fin en soi. Maintenant, l&rsquo;immatérialisme doit entrer dans une nouvelle phase : non plus défensive, mais créatrice.</p>
<p><em>Berkeley (à la porte du jardin, se retournant une dernière fois)</em> — Monsieur Moreau, je vous remercie. Vous m&rsquo;avez montré mon propre système sous un jour que je n&rsquo;avais jamais envisagé. Vous m&rsquo;avez « déberkeleyisé », et paradoxalement, vous m&rsquo;avez rendu plus berkeleyen que jamais.</p>
<p><em>Moreau (s&rsquo;inclinant)</em> — C&rsquo;est le plus beau compliment que vous puissiez me faire. Allez en paix, Berkeley. Et ne craignez plus la mort. Vous savez maintenant qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;une transformation, pas une fin.</p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — Je n&rsquo;ai plus peur. Pour la première fois depuis des années, je n&rsquo;ai plus peur.</p>
<p><em>Moreau </em>— Alors ma mission est accomplie. L&rsquo;immatérialisme vous a libéré de la matière. Maintenant, il vous libère aussi de la peur de la mort. C&rsquo;est sa double victoire.</p>
<p><em>Berkeley (souriant)</em> — Adieu, Monsieur Moreau. Ou plutôt, au revoir. Car j&rsquo;ai le sentiment que nous nous reverrons, dans ce monde ou dans un autre.</p>
<p><em>Moreau (souriant mystérieusement)</em> — Dans ce monde ou dans un autre&#8230; Quelle différence, pour des immatérialistes ? Tous les mondes sont des mondes de perception, donc des mondes d&rsquo;esprit.</p>
<p><em>Berkeley (riant)</em> — Vous avez toujours le dernier mot ! Adieu, mon ami.</p>
<p><em>Moreau</em> — Adieu, Berkeley. Ou plutôt, adieu au vieux Berkeley. Bonjour au Berkeley « déberkeleyisé », libéré, créateur, immortel.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Épilogue</strong></p>
<p>Berkeley quitta le jardin alors que le soleil illuminait pleinement les arbres et les fleurs. Son pas était léger, son esprit en paix. L&rsquo;angoisse nocturne avait disparu, remplacée par une certitude lumineuse : l&rsquo;esprit ne peut cesser d&rsquo;être, car son être est son acte. Moreau resta seul dans le jardin, contemplant le lever du soleil. Il souriait. La « déberkeleyisation » de l&rsquo;immatérialisme venait de franchir une étape décisive : le père de l&rsquo;immatérialisme lui-même avait accepté sa propre libération.</p>
<p>Le jardin continuait d&rsquo;exister, perçu par Moreau, par Berkeley qui s&rsquo;éloignait, par les oiseaux qui chantaient, par Dieu qui maintenait l&rsquo;ordre des perceptions. Mais surtout, le jardin existait dans cette transparence nouvelle que l&rsquo;immatérialisme révèle : non pas comme une chose opaque et résistante, mais comme un tissu de significations, léger, lumineux, ouvert à l&rsquo;intelligence. <em>Esse est percipi</em>. Être, c&rsquo;est être perçu. Cette formule simple contenait tout : la négation de la matière, l&rsquo;affirmation de l&rsquo;esprit, la garantie de l&rsquo;immortalité, la participation à l&rsquo;acte divin. Berkeley l&rsquo;avait découverte. Moreau l&rsquo;avait libérée de ses chaines historiques. Maintenant, elle pouvait enfin déployer toute sa puissance. L&rsquo;immatérialisme était « déberkeleyisé ». Il était libre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[FIN DU DIALOGUE]</p>
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<h1><a name="_Toc216628714"></a>Bibliographie</h1>
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<p>BERKELEY, George. <em>A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge</em>. Edited by Jonathan Dancy. Oxford, Oxford University Press, 1998.</p>
<p>BERKELEY, George. « Three Dialogues between Hylas and Philonous ». In <em>Philosophical Works Including the Works on Vision</em>. Edited by Michael R. Ayers. London, Dent, 1975.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, I.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1985.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, II.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1987.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Principes de la connaissance humaine</em>. Paris, Flammarion, 1991.</p>
<p>DOWNING, Lisa. George Berkeley, <em>The Stanford Encyclopedia of Philosophy</em> (Fall 2021 Edition). Edward N. Zalta (ed.), <a href="https://plato.stanford.edu/archives/fall2021/entries/berkeley/">https://plato.stanford.edu/archives/fall2021/entries/berkeley/</a>.</p>
<p>FOGELIN, Robert J. <em>Routledge Philosophy GuideBook to Berkeley and the Principles of Human Knowledge.</em> London, Routledge, 2001.</p>
<p>MOREAU, André. <em>Grand traité sur l&rsquo;immatérialisme. Tome 1 : La matière n’existe pas</em>. Québec, André Moreau et compagnie, 1989.</p>
<p>MOREAU, André. <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>. Thèse postdoctorale de 1969, présentée à l&rsquo;université de Paris, 1969, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013.</p>
<p>MOREAU, André. <em>Encyclopédie des références philosophiques</em>. Montréal, Éditions Vox Populi, 2014.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les rectifications de l&rsquo;orthographe de 1990 sont utilisées dans ce texte.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> André Moreau, <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013, p. 611.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a><em> Ibid</em>., p.270-272.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> André Moreau, <em>La doctrine de l&rsquo;Absolu-(relatif)</em>, Montréal, André Moreau et compagnie, 2001, p. 176-177.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 658.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> André Moreau, <em>Grand traité sur l&rsquo;immatérialisme. Tome 1: La matière n’existe pas</em>, Montréal, André Moreau et compagnie, 1989, p. 19-21.</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 343-344.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> <em>Ibid</em>., p. 533-534.</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 13.</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> André Moreau, <em>Encyclopédie des références philosophiques</em>, Montréal, Éditions Vox Populi, 2014, p. 47.</p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2001, p. 9-10.</p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 60-65.</p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 541.</p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> <em>Ibid</em>, p. 541.</p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 19-21.</p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> <em>Ibid</em>., p. 9-16.</p>
<p><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 533-534.</p>
<p><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 15-16.</p>
<p><a href="#_ftnref20" name="_ftn20">[20]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 205.</p>
<p><a href="#_ftnref21" name="_ftn21">[21]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 181-183.</p>
<p><a href="#_ftnref22" name="_ftn22">[22]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 17-18.</p>
<p><a href="#_ftnref23" name="_ftn23">[23]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 350-352.</p>
<p><a href="#_ftnref24" name="_ftn24">[24]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 387-388.</p>
<p><a href="#_ftnref25" name="_ftn25">[25]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 273.</p>
<p><a href="#_ftnref26" name="_ftn26">[26]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 60-61.</p>
<p><a href="#_ftnref27" name="_ftn27">[27]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 331-332.</p>
<p><a href="#_ftnref28" name="_ftn28">[28]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 342.</p>
<p><a href="#_ftnref29" name="_ftn29">[29]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 63-65.</p>
<p><a href="#_ftnref30" name="_ftn30">[30]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 691.</p>
<p><a href="#_ftnref31" name="_ftn31">[31]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 447-449.</p>
<p><a href="#_ftnref32" name="_ftn32">[32]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 299.</p>
<p><a href="#_ftnref33" name="_ftn33">[33]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 105-106.</p>
<p><a href="#_ftnref34" name="_ftn34">[34]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 387.</p>
<p><a href="#_ftnref35" name="_ftn35">[35]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 179.</p>
<p><a href="#_ftnref36" name="_ftn36">[36]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 122-123.</p>
<p><a href="#_ftnref37" name="_ftn37">[37]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 305-306.</p>
<p><a href="#_ftnref38" name="_ftn38">[38]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 271.</p>
<p><a href="#_ftnref39" name="_ftn39">[39]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 335-336.</p>
<p><a href="#_ftnref40" name="_ftn40">[40]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 15.</p>
<p><a href="#_ftnref41" name="_ftn41">[41]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2014, p. 26-27.</p>
<p><a href="#_ftnref42" name="_ftn42">[42]</a> <em>Ibid</em>., p. 104.</p>
<p><a href="#_ftnref43" name="_ftn43">[43]</a> <em>Ibid</em>., p. 386-387.</p>
<p><a href="#_ftnref44" name="_ftn44">[44]</a> André Moreau, <em>Op. </em><em>Cit</em>., 1989, p. 21.</p>
<p><a href="#_ftnref45" name="_ftn45">[45]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref46" name="_ftn46">[46]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 2013, p. 457.</p>
<p><a href="#_ftnref47" name="_ftn47">[47]</a> André Moreau, <em>Op. Cit</em>., 1989, p. 19-21.</p>
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		<title>Être, c&#8217;est être perçu, mais alors quoi? «déberkeleyisation» de l&#8217;immatérialisme</title>
		<link>https://jovialiste.com/deberkeleyisation-immaterialisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mouvement Jovialiste]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Jun 2026 14:02:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[George Berkeley]]></category>
		<category><![CDATA[Immatérialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le jardin s&#8217;éveillait dans la fraicheur de l&#8217;aube. Le soleil naissant jetait ses premiers rayons sur les arbres et les fleurs, tandis que les oiseaux entonnaient leurs chants matinaux. L&#8217;air était pur, vivifiant, porteur de cette tranquillité propre aux premières heures du jour. C&#8217;est dans ce décor paisible que deux hommes se rencontre : George Berkeley, le philosophe irlandais qui nie [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le jardin s&rsquo;éveillait dans la fraicheur de l&rsquo;aube. Le soleil naissant jetait ses premiers rayons sur les arbres et les fleurs, tandis que les oiseaux entonnaient leurs chants matinaux. L&rsquo;air était pur, vivifiant, porteur de cette tranquillité propre aux premières heures du jour. C&rsquo;est dans ce décor paisible que deux hommes se rencontre : <strong>George Berkeley</strong>, le philosophe irlandais qui nie l&rsquo;existence de la matière, et <strong>André Moreau</strong>, penseur jovialiste venu d&rsquo;un siècle futur, porteur d&rsquo;une audace nouvelle — celle de « déberkeleyiser » l&rsquo;immatérialisme lui-même.</p>
<p>Par <strong>Nicolas Lehoux</strong></p>
<p><a href="https://nicolaslehoux.com/pdf/3b-deberkeleyisation-immaterialisme.pdf" target="_blank" rel="noopener">TÉLÉCHARGER L&rsquo;ARTICLE EN FORMAT PDF</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Bon matin, Monsieur Moreau ! Je ne m&rsquo;attendais point à vous trouver en ces jardins à une heure si matinale. Qu&rsquo;est-ce qui vous amène à déambuler ainsi dans la fraicheur de l&rsquo;aube ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Ah, cher Berkeley ! C&rsquo;est justement vous que je cherchais. J&rsquo;ai passé la nuit à méditer sur votre système, et je dois vous dire que j&rsquo;ai fait une découverte qui vous surprendra — j&rsquo;ai trouvé le moyen de vous libérer de vous-même !</p>
<p><em>Berkeley</em> — Me libérer de moi-même ? Voilà une expression bien singulière ! Expliquez-vous, je vous prie.</p>
<p><em>Moreau</em> — Avec plaisir. Voyez-vous, votre immatérialisme est une merveille de clarté et de rigueur. Vous avez magistralement démontré que la matière représente l&rsquo;altérité et la contradiction de l&rsquo;esprit. Mais — et ne vous offusquez pas — vous êtes resté prisonnier de certaines limitations que votre époque vous imposait.<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Prisonnier, dites-vous ? Je croyais au contraire avoir libéré la philosophie des chaines du matérialisme ! N&rsquo;ai-je pas montré que l&rsquo;être des choses sensibles est d&rsquo;être perçu ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Certes, certes ! Et c&rsquo;est précisément cette intuition fondamentale que je veux préserver. Mais permettez-moi une question : pourquoi avez-vous ressenti le besoin de défendre votre système avec tant d&rsquo;ardeur apologétique ?</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(légèrement outré) </em>— Apologétique ? Monsieur, je défendais la vérité contre les athées et les sceptiques ! N&rsquo;est-ce pas là le devoir de tout philosophe chrétien ?</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(souriant)</em> — Ah, vous voyez ? C&rsquo;est exactement ce que je veux dire. Votre immatérialisme est si puissant qu&rsquo;il n&rsquo;a nul besoin de béquilles théologiques. En fait, l&rsquo;immatérialisme doit s&rsquo;engager résolument sur la voie de l&rsquo;existence autoégocratique de l&rsquo;homme brandissant le sceptre de sa créativité supérieure.<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a></p>
<p><em>Berkeley </em><em>(choqué)</em> — Quoi? Vous voudriez séparer mon système de Dieu ? Mais c&rsquo;est impossible ! Toute mon argumentation repose sur le fait que les idées que je perçois doivent exister dans un esprit infini !</p>
<p><em>Moreau</em> — Doucement, mon ami. Je ne nie pas Dieu — loin de là. Mais je dis que votre méthode est si forte qu&rsquo;elle peut se tenir debout sans l&rsquo;appui constant de la théologie. Vous avez dit vous-même que vous niez pouvoir abstraire l&rsquo;une de l&rsquo;autre ces qualités, qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;exister ainsi séparées. N&rsquo;est-ce pas là une vérité philosophique indépendante de toute considération religieuse ?</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(réfléchissant)</em> — Je vous accorde ce point. Mais où voulez-vous en venir ?</p>
<p><em>Moreau</em> — À ceci : votre système contient en germe une méthodologie des structures que vous n&rsquo;avez pas pleinement développée. Vous avez critiqué l&rsquo;abstraction, la matière, le monde extramental — magnifiquement ! Mais vous n&rsquo;avez pas construit l&rsquo;architectonique complète de votre pensée.<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Une architectonique ? Comme celle de Kant ?</p>
<p><em>Moreau (riant)</em> — Oh, ne me parlez pas de Kant ! Cet homme vous a traité d&rsquo;idéaliste chimérique alors qu&rsquo;il n&rsquo;avait rien compris à votre système. Non, je parle d&rsquo;une véritable table des catégories propre à l&rsquo;immatérialisme : l&rsquo;absolu-(relatif), l&rsquo;universel-(concret), l&rsquo;irréductible individu, le mouvement pur, le tiers-monde, la compréhension, le Moi.<a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(intrigué)</em> — Le tiers-monde ? Qu&rsquo;entendez-vous par là ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Ah ! Voilà où commence la « déberkeleyisation » ! Vous avez bien vu que la table sur laquelle j&rsquo;écris existe, c&rsquo;est-à-dire que je la vois et la sens. Mais vous n&rsquo;avez pas suffisamment exploré l&rsquo;espace intersubjectif où ces perceptions se rencontrent et se coordonnent. Le tiers-monde, c&rsquo;est cet espace de significations partagées qui transcende à la fois le subjectif et l&rsquo;objectif.</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(surpris)</em> — Vous voulez dire&#8230; un monde des idées platoniciennes ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Non, non ! Justement pas ! Vous avez vous-même critiqué le platonisme exagéré. Le tiers-monde n&rsquo;est pas un royaume d&rsquo;essences éternelles, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des connexions qui peuvent s&rsquo;établir par la multiplicité de leur coordination. C&rsquo;est dynamique, vivant, en perpétuelle construction.<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(de plus en plus intéressé) </em>— Continuez, je vous prie. Cela commence à m&rsquo;intriguer.</p>
<p><em>Moreau</em> — Voyez-vous, selon vous la matière n&rsquo;est que le mime de l&rsquo;en-soi. Mais vous n&rsquo;avez pas poussé cette intuition jusqu&rsquo;au bout. La matière en tant que substance fantomatique et évanescente disparait, la matière comme constitutive de la réalité demeure ; mais ce n&rsquo;est plus « la matière », c&rsquo;est un matériau. Il n&rsquo;y a plus de matière, il y a un aspect matériel de la réalité avec lequel l&rsquo;homme, en tant que démiurge, façonne l&rsquo;absolu.<a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(flatté mais perplexe)</em> — Un démiurge, dites-vous ? Vous m&rsquo;attribuez là des pouvoirs bien considérables !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(badinent)</em> — Mais vous les avez déjà reconnus ! Quand vous dites que l&rsquo;homme perçoit, vous faites de lui un cocréateur de la réalité. Vous avez simplement craint d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de votre propre logique. L&rsquo;immatérialisme est un individualisme social d&rsquo;ordre métaphysique parce qu&rsquo;il prône l&rsquo;autonomie des personnes en même temps que leur coexistence sur un plan intersubjectif à l&rsquo;intérieur d&rsquo;une société de sujets pensants dématérialisés.<a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Mais alors, que devient Dieu dans tout cela ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Dieu demeure, mais transformé. Il n&rsquo;est plus seulement ce qui est le plus intérieur à l&rsquo;homme au sens d&rsquo;une intimité spirituelle immanente — il devient l&rsquo;horizon absolu vers lequel tend la créativité humaine.<a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a> Votre panenthéisme anthropo-théiste était déjà sur la bonne voie !<a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(mi-outré, mi-ravi)</em> — Anthropo-théiste ? Vous inventez des mots barbares, Monsieur Moreau !</p>
<p><em>Moreau</em> — C&rsquo;est vrai, c’est un privilège que je me donne ! Mais comprenez-vous ce que je veux dire ? Votre système fait de l&rsquo;homme le reflet de Dieu, mais aussi le façonneur de sa propre réalité. Pour vous, l&rsquo;idée n&rsquo;est le signe de Dieu que si l&rsquo;homme est le reflet de Dieu.<a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Je commence à voir où vous voulez en venir. Mais dites-moi, qu&rsquo;entendez-vous exactement par « déberkeleyiser » l&rsquo;immatérialisme ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Excellente question ! Une « déberkeleyisation » de l&rsquo;immatérialisme comporte plusieurs projets de révision : éliminer le point de vue apologétique de l&rsquo;immatérialisme, garantir l&rsquo;indépendance historique des principes, élaborer une terminologie qui amènera une axiomatisation, exploiter l&rsquo;élasticité de la méthode berkeleyenne, limiter l&#8217;emploi des expériences vécues dans la consolidation de la pensée discursive, redonner à l&rsquo;immatérialisme une puissance de rationalisation, transformer la pensée réflexive en idéologie.<a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(abasourdi)</em> —Tout cela ? Mais c&rsquo;est un programme immense !</p>
<p><em>Moreau</em> — Certes ! Mais nécessaire. Vous n&rsquo;avez pas mis à jour l&rsquo;architectonique de votre propre pensée. Votre fameuse révision de 1707-1708 ne vous a pas permis de découvrir le sens complet de votre système.<a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Vous semblez bien informé de mes travaux&#8230;</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(souriant mystérieusement) </em>— Disons que j&rsquo;ai eu accès à certains documents. Mais revenons à l&rsquo;essentiel. Vous avez écrit que quelque main ou œil que j&rsquo;imagine, il doit avoir une forme et une couleur particulières. Cette critique de l&rsquo;abstraction est géniale ! Mais vous ne l&rsquo;avez pas appliquée systématiquement à tous les domaines.</p>
<p><em>Berkeley</em> — À quels domaines pensez-vous ?</p>
<p><em>Moreau</em> — À la logique, à la psychologie, à la phénoménologie ! Vous avez saisi la différence entre l&rsquo;idée, la notion et les principes, mais vous n&rsquo;avez pas sauvegardé la distinction qui existait dans le système entre la psychologie, la phénoménologie et la logique. C&rsquo;est sur cette imprécision que l&rsquo;associationnisme a pu vous récupérer et déformer votre pensée.<a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(inquiet)</em> — L&rsquo;associationnisme ? Vous voulez dire Hume et ses disciples ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Ils ont pris votre critique de la substance matérielle et l&rsquo;ont étendue à la substance spirituelle, créant ainsi un scepticisme que vous n&rsquo;aviez jamais voulu. C&rsquo;est à tort qu&rsquo;on vous croit sceptique ; quand vous combattez la substance comme soutien d&rsquo;accidents, la représentation comme tableau et l&rsquo;abstraction comme entité spirituelle sans efficace, vous êtes purement critique.<a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(soulagé)</em> — Ah ! Vous me comprenez donc ! Je n&rsquo;ai jamais été sceptique. Mon but était de fonder la certitude, pas de la détruire !</p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément ! Et c&rsquo;est pourquoi votre système mérite d&rsquo;être « déberkeleyisé » — c&rsquo;est-à-dire libéré des interprétations erronées et des limitations historiques qui l&rsquo;ont empêché de déployer toute sa puissance. L&rsquo;immatérialisme moderne diffère beaucoup de l&rsquo;immatérialisme classique bien qu&rsquo;il ait la même source.<a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(pensif)</em> — Je vois. Vous voulez préserver l&rsquo;esprit de mon système tout en le débarrassant de ses scories historiques. Mais n&rsquo;y a-t-il pas un danger de trahir ma pensée ?</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(sérieux)</em> — L&rsquo;interprétation est inséparable de la projection.<a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a> Oui, il y a toujours ce risque. Mais considérez ceci : votre critique de la matière a des répercussions plus grandes en morale qu&rsquo;on ne le croit. En libérant l&rsquo;homme du déterminisme matérialiste, vous lui ouvrez la voie vers une liberté authentique.<a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a> N&rsquo;est-ce pas là votre intention profonde ?</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(ému)</em> — Si fait. J&rsquo;ai toujours cru que la liberté humaine était incompatible avec le matérialisme.</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors vous comprenez ! La liberté de l&rsquo;homme consiste à admettre l&rsquo;absolu. En l&rsquo;absolu, l&rsquo;homme est responsable vis-à-vis lui-même. Seul un démiurge a ce pouvoir d&rsquo;engagement. Votre système, correctement compris, fait de chaque homme un créateur responsable de sa propre réalité.<a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(joyeux)</em> — Vous me donnez envie de réécrire mes <em>Principles</em> !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(riant)</em> — Inutile ! Ils sont déjà parfaits. Il suffit de les lire avec les yeux de l&rsquo;immatérialisme moderne. Tenez, vous avez écrit que les qualités sensibles ne peuvent exister dans une substance non-percevante. C&rsquo;était révolutionnaire ! Mais vous auriez pu aller plus loin en montrant que ce qui est perçu est également vécu, senti, éprouvé, subi, voulu.<a href="#_ftn19" name="_ftnref19">[19]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — C&rsquo;est exactement ce que je pensais ! L&rsquo;homme qui perçoit n&rsquo;est pas passif, il est actif, engagé dans le monde.</p>
<p><em>Moreau</em> — Voilà ! Et c&rsquo;est pourquoi votre immatérialisme n&rsquo;est pas un idéalisme subjectif comme le prétendait Kant. C&rsquo;est une libération de la pensée qui permet de saisir la transparence des structures et l&rsquo;intelligibilité du réel.<a href="#_ftn20" name="_ftnref20">[20]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(enthousiaste)</em> — La transparence des structures ! Quelle belle expression ! C&rsquo;est exactement cela : quand on supprime la matière opaque, tout devient clair, lumineux, intelligible.</p>
<p><em>Moreau</em> — Précisément. Et c&rsquo;est pourquoi votre méthode mérite d&rsquo;être poussée jusqu&rsquo;à ses ultimes conséquences. Vous avez ouvert la porte, mais vous n&rsquo;êtes pas entré complètement dans la pièce. Permettez-moi de vous dire quelque chose qui vous surprendra : l&rsquo;immatérialisme ne doit pas être considéré comme une tentative pour anéantir le matérialisme.<a href="#_ftn21" name="_ftnref21">[21]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(perplexe)</em> — Comment cela ? Mon but était précisément de réfuter le matérialisme !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(souriant)</em> — Oui, mais en le réfutant, vous l&rsquo;avez maintenu comme adversaire. Vous avez passé votre vie à vous battre contre un fantôme. Moi, je propose autre chose : ignorer purement et simplement la matière, comme si elle n&rsquo;existait pas. Voyez-vous la différence ? Ce n&rsquo;est plus une guerre, c&rsquo;est une libération.<a href="#_ftn22" name="_ftnref22">[22]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Vous voulez dire&#8230; ne plus argumenter contre elle ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Peut-être une telle attitude ouvrirait-elle la porte à une compréhension de l&rsquo;univers si différente que notre vie intime de chaque jour en serait changée.<a href="#_ftn23" name="_ftnref23">[23]</a> Vous avez écrit vos <em>Trois Dialogues</em> et vos <em>Principes</em> pour convaincre les sceptiques. Mais imaginez un instant que vous n&rsquo;ayez plus besoin de convaincre personne — que l&rsquo;évidence s&rsquo;impose d&rsquo;elle-même !</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(réfléchissant profondément)</em> — C&rsquo;est audacieux&#8230; Mais n&rsquo;est-ce pas là une forme d&rsquo;arrogance ?</p>
<p><em>Moreau (riant franchement)</em> — De l&rsquo;arrogance ? Mon cher Berkeley, vous qui avez osé nier la matière à vingt-cinq ans, vous me parlez d&rsquo;arrogance ? Non, c&rsquo;est de la clarté ! Je réfute à l&rsquo;avance tous ceux qui m&rsquo;objecteront que mon <em>Grand traité sur l’immatérialisme</em> n&rsquo;est pas philosophique parce qu&rsquo;il utilise des images et des tournures de phrase à la mode pour se rendre intelligible.<a href="#_ftn24" name="_ftnref24">[24]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(amusé malgré lui)</em> — Vous êtes un provocateur, Monsieur Moreau !</p>
<p><em>Moreau</em> — Peut-être. Mais je suis un provocateur qui vous comprend mieux que vous ne vous comprenez vous-même. Tenez, vous avez écrit que les idées sont imprimées sur les sens. Mais vous n&rsquo;avez pas suffisamment exploré ce que cela signifie pour la vie quotidienne : sentir toutes choses plus légères, plus significatives, plus claires, moins résistantes à l&rsquo;action de l&rsquo;intelligence, plus ouvertes à la pensée, moins étrangères, moins mystérieuses. Voilà ce que votre système permet !<a href="#_ftn25" name="_ftnref25">[25]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(de plus en plus intéressé)</em> — Continuez. Vous me montrez mon propre système sous un jour nouveau.</p>
<p><em>Moreau</em> — C&rsquo;est que vous étiez trop occupé à défendre votre position pour en explorer toutes les richesses. Vous avez dit que ce qu&rsquo;on appelle « matière » ne correspond à rien de perçu dans notre expérience quotidienne. Magnifique ! Mais alors, pourquoi avoir consacré tant d&rsquo;énergie à la réfuter ? Elle est le résultat abstrait d&rsquo;un ensommeillement de la conscience.<a href="#_ftn26" name="_ftnref26">[26]</a></p>
<p><em>Berkeley </em><em>(surpris)</em> — Un ensommeillement de la conscience ? Voilà une formule que je n&rsquo;ai jamais employée, mais qui exprime parfaitement ma pensée !</p>
<p><em>Moreau</em> — N&rsquo;est-ce pas ? Et voyez les conséquences : À cause d&rsquo;elle, à condition qu&rsquo;on comprenne qu&rsquo;elle est essentiellement agie en tant que phantasme, l&rsquo;esprit se sent prostré, arrêté, brimé. La matière n&rsquo;est pas seulement une erreur théorique — c&rsquo;est une prison existentielle !<a href="#_ftn27" name="_ftnref27">[27]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(ému)</em> — Oui&#8230; oui, c&rsquo;est exactement ce que je ressentais. Mais je n&rsquo;osais pas le dire aussi directement.</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(avec douceur)</em> — Parce que vous craigniez d&rsquo;être incompris. Mais moi, je n&rsquo;ai pas cette peur. Je dis les choses comme elles sont. C&rsquo;est le propre d&rsquo;une vision du monde de nous faire entrer dans un univers où nous nous sentons à l&rsquo;aise au point d&rsquo;en arriver à éprouver sa cohérence comme une règle de vie et de pensée.<a href="#_ftn28" name="_ftnref28">[28]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Mais alors, dites-moi : qu&rsquo;est-ce que vous entendez exactement par « déberkeleyiser » l&rsquo;immatérialisme ? Vous m&rsquo;avez parlé d&rsquo;éliminer l&rsquo;apologétique, mais qu&rsquo;y a-t-il d&rsquo;autre ?</p>
<p><em>Moreau (devenant plus sérieux)</em> — Plusieurs choses essentielles. D&rsquo;abord, il faut garantir l&rsquo;indépendance historique des principes. Votre système est trop lié à votre époque, à vos controverses avec les déistes et les athées. Il faut le libérer de ces contingences.<a href="#_ftn29" name="_ftnref29">[29]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Je vois. Et ensuite ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Ensuite, il faut élaborer une terminologie qui amènera une axiomatisation. Vous avez utilisé des termes comme « idée », « notion », « esprit » de manière parfois imprécise. Il faut créer un vocabulaire rigoureux qui permette de construire un véritable système.<a href="#_ftn30" name="_ftnref30">[30]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(légèrement vexé)</em> —Imprécis, moi ?</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(apaisant)</em> — Pas imprécis — incomplet. Vous avez posé les fondations, mais vous n&rsquo;avez pas construit l&rsquo;édifice entier. Par exemple, vous n&rsquo;avez pas développé une véritable explication des structures de l&rsquo;univers. Vous vous êtes contenté de dire que Dieu maintient les idées dans l&rsquo;existence. Mais comment ? Selon quelles lois ? Avec quelle architecture ?<a href="#_ftn31" name="_ftnref31">[31]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> — Vous avez raison&#8230; J&rsquo;ai laissé beaucoup de questions sans réponse.</p>
<p><em>Moreau</em> — Et c&rsquo;est normal ! Vous étiez un pionnier. Mais maintenant, il faut aller plus loin. Il faut montrer que l&rsquo;acquisition d&rsquo;un vécu immatérialiste transforme littéralement notre conception de la mort mais aussi la façon dont nous mourons.<a href="#_ftn32" name="_ftnref32">[32]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(choqué)</em> — La façon dont nous mourons ? Vous allez bien loin !</p>
<p><em>Moreau</em> (passionné) — Mais c&rsquo;est la conséquence logique de votre système ! Si l&rsquo;être des choses sensibles est d&rsquo;être perçu, alors la mort n&rsquo;est qu&rsquo;une transformation de la perception, pas une annihilation. Vous l&rsquo;avez suggéré, mais vous n&rsquo;avez pas osé le développer pleinement.</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(troublé)</em> — C&rsquo;est vrai&#8230; J&rsquo;y ai pensé, mais j&rsquo;ai craint d&rsquo;être accusé d&rsquo;hérésie.</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(avec un sourire complice) </em>— Vous voyez ? C&rsquo;est exactement ce que je veux dire par « déberkeleyiser ». Il faut libérer votre système de ces craintes, de ces compromis. L&rsquo;immatérialisme doit s&rsquo;engager résolument sur la voie de l&rsquo;existence autoégocratique de l&rsquo;homme brandissant le sceptre de sa créativité supérieure.<a href="#_ftn33" name="_ftnref33">[33]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(mi-outré, mi-fasciné)</em> — Autoégocratique ? Vous transformez l&rsquo;homme en monarque absolu !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(riant)</em> — N&rsquo;est-ce pas ce que vous avez fait en disant qu’<em>esse est percipi</em> ? Vous avez fait de la perception humaine la mesure de l&rsquo;existence ! Vous avez simplement craint de reconnaitre la portée révolutionnaire de votre propre découverte.</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(pensif)</em> — Peut-être&#8230; Mais que devient Dieu dans tout cela ? Vous semblez vouloir L&rsquo;éliminer.</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(sérieux)</em> — Au contraire ! Je veux le transformer. Écoutez bien : pour comprendre Dieu, il faut le devenir. Et l&rsquo;acte de devenir Dieu, voilà ce que j&rsquo;appelle être !<a href="#_ftn34" name="_ftnref34">[34]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(abasourdi)</em> — Devenir Dieu ? Mais c&rsquo;est du blasphème !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(calmement)</em> — Est-ce du blasphème de réaliser ce que vous avez vous-même enseigné ? Que l&rsquo;esprit est actif, créateur, qu&rsquo;il constitue le monde par sa perception ? La différence est grande : Dieu comme créateur du ciel et de la terre d&rsquo;une part, et Dieu dans l&rsquo;acte de se donner Dieu à soi-même d&rsquo;autre part !<a href="#_ftn35" name="_ftnref35">[35]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(se calmant progressivement)</em> — Je commence à comprendre&#8230; Vous ne niez pas Dieu, vous le relocalisez.</p>
<p><em>Moreau (ravi)</em> — Exactement ! Vous m&rsquo;avez compris ! L&rsquo;infini est central partout ! Eh bien, nous opèrerons à partir de ce centre-là, ici ! Votre erreur a été de placer Dieu uniquement à l&rsquo;extérieur, comme garant des perceptions. Mais si Dieu est partout, Il est aussi en nous, agissant à travers nous.<a href="#_ftn36" name="_ftnref36">[36]</a></p>
<p><em>Berkeley </em><em>(avec un sourire)</em> — Vous êtes diaboliquement convaincant, Monsieur Moreau. Mais dites-moi une dernière chose : pourquoi appelez-vous cela « déberkeleyiser » ? Ne serait-il pas plus juste de dire que vous « berkeleyisez » davantage ?</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(éclatant de rire)</em> — Ah ! Vous avez l&rsquo;esprit vif ! Oui, en un sens, vous avez raison. Mais voyez-vous, il faut parfois détruire pour mieux reconstruire. Commencer par l&rsquo;impossible, comme j’aime le dire. Votre nom est devenu un symbole, mais aussi un fardeau. Les gens vous associent à l&rsquo;idéalisme subjectif, au solipsisme, à toutes sortes d&rsquo;absurdités que vous n&rsquo;avez jamais défendues.<a href="#_ftn37" name="_ftnref37">[37]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(soupirant)</em> — Hélas, c&rsquo;est trop vrai.</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors il faut « déberkeleyiser » pour retrouver le vrai Berkeley — celui qui a vu que tout est facile : facile de comprendre, facile d&rsquo;être intelligent. Celui qui a compris que la philosophie n&rsquo;est pas un exercice académique, mais une transformation de la vie elle-même.<a href="#_ftn38" name="_ftnref38">[38]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(ému et joyeux)</em> —Vous me donnez envie de recommencer ! De réécrire tout mon système avec cette nouvelle audace !</p>
<p><em>Moreau</em> <em>(posant affectueusement la main sur l&rsquo;épaule de Berkeley)</em> — Inutile, mon ami. Vous avez déjà tout écrit. Il suffit maintenant que d&rsquo;autres le lisent avec les yeux que vous auriez dû avoir — les yeux de la liberté absolue, de la clarté totale, de l&rsquo;immédiateté réflexive. Votre œuvre contient déjà toutes les semences. Il ne reste qu&rsquo;à les faire germer.</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(regardant l&rsquo;horizon) </em>— Alors peut-être que mon système n&rsquo;était pas une fin, mais un commencement ?</p>
<p><em>Moreau</em> — Exactement ! Et c&rsquo;est pour cela que je vous honore en vous « déberkeleyisant ». Je vous libère de vous-même pour que votre pensée puisse enfin voler de ses propres ailes, sans les chaines de l&rsquo;apologétique, sans les compromis de la prudence théologique. L&rsquo;immatérialisme moderne diffère beaucoup de l&rsquo;immatérialisme classique bien qu&rsquo;il ait la même source.<a href="#_ftn39" name="_ftnref39">[39]</a></p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(avec un sourire radieux) </em>— Alors faites, Monsieur Moreau. Déberkeleyisez-moi ! Et que mon système devienne enfin ce qu&rsquo;il aurait toujours dû être : une célébration de la lumière, de la transparence, de l&rsquo;intelligibilité absolue du réel !</p>
<p><em>Moreau (levant les yeux vers le ciel matinal) </em>— Regardez ce lever de soleil, Berkeley. Que voyez-vous ?</p>
<p><em>Berkeley</em> — Je vois&#8230; des couleurs, de la lumière, de la beauté.</p>
<p><em>Moreau</em> — Et derrière ces couleurs, cherchez-vous encore une « matière » qui les supporterait ?</p>
<p><em>Berkeley</em> <em>(riant)</em> — Non, bien sûr que non !</p>
<p><em>Moreau</em> — Alors vous êtes déjà « déberkeleyisé », mon ami. Vous êtes libre. Et votre système l&rsquo;est aussi.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>FIN DU DIALOGUE</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h1><a name="_Toc216628714"></a>Bibliographie</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>BERKELEY, George. <em>A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge</em>. Edited by Jonathan Dancy. Oxford, Oxford University Press, 1998.</p>
<p>BERKELEY, George. « Three Dialogues between Hylas and Philonous ». In <em>Philosophical Works Including the Works on Vision</em>. Edited by Michael R. Ayers. London, Dent, 1975.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, I.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1985.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, II.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1987.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Principes de la connaissance humaine</em>. Paris, Flammarion, 1991.</p>
<p>MOREAU, André. <em>Grand traité sur l&rsquo;immatérialisme. Tome 1 : La matière n’existe pas</em>. Québec, André Moreau et compagnie, 1989.</p>
<p>MOREAU, André. <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>. Thèse postdoctorale de 1969, présentée à l&rsquo;université de Paris, 1969, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013.</p>
<p>MOREAU, André. <em>Encyclopédie des références philosophiques</em>. Montréal, Éditions Vox Populi, 2014.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les rectifications de l&rsquo;orthographe de 1990 sont utilisées dans ce texte.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> André Moreau, <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013, p. 108.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> André Moreau, <em>Encyclopédie des références philosophiques</em>, Montréal, Éditions Vox Populi, 2014, p. 387.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 2013, p. 10.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 2014, p. 176-177.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 161-162.</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> <em>Ibid.</em>, p. 388.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> <em>Ibid.</em>, p. 161.</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 387.</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 161.</p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> <em>Ibid.</em>, p. 179.</p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 178-179.</p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p. 179.</p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 386-387.</p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> <em>Ibid.</em>, p. 330.</p>
<p><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> <em>Ibid.</em>, p. 402-403.</p>
<p><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 2013, p. 187.</p>
<p><a href="#_ftnref20" name="_ftn20">[20]</a> <em>Ibid.</em>, p. 119-120.</p>
<p><a href="#_ftnref21" name="_ftn21">[21]</a> André Moreau, <em>Grand traité sur l&rsquo;immatérialisme. Tome 1 : La matière n’existe pas</em>, Montréal, André Moreau et compagnie, 1989, p. 21.</p>
<p><a href="#_ftnref22" name="_ftn22">[22]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref23" name="_ftn23">[23]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref24" name="_ftn24">[24]</a> <em>Ibid.</em>, p. 19.</p>
<p><a href="#_ftnref25" name="_ftn25">[25]</a> <em>Ibid.</em>, p. 21.</p>
<p><a href="#_ftnref26" name="_ftn26">[26]</a> <em>Ibid.</em>, p. 30.</p>
<p><a href="#_ftnref27" name="_ftn27">[27]</a> <em>Ibid</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref28" name="_ftn28">[28]</a> <em>Ibid.</em>, p. 19.</p>
<p><a href="#_ftnref29" name="_ftn29">[29]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 2014, p. 179.</p>
<p><a href="#_ftnref30" name="_ftn30">[30]</a> <em>Ibid</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref31" name="_ftn31">[31]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 1989, p. 35.</p>
<p><a href="#_ftnref32" name="_ftn32">[32]</a> <em>Ibid.</em>, p. 26-29.</p>
<p><a href="#_ftnref33" name="_ftn33">[33]</a> André Moreau, <em>Op. Cit.,</em> 2014, p. 387.</p>
<p><a href="#_ftnref34" name="_ftn34">[34]</a> André Moreau, <em>Op. </em><em>Cit.,</em> 1989, p. 37.</p>
<p><a href="#_ftnref35" name="_ftn35">[35]</a> <em>Ibid.</em>, p. 37.</p>
<p><a href="#_ftnref36" name="_ftn36">[36]</a> <em>Ibid.</em>, p. 37.</p>
<p><a href="#_ftnref37" name="_ftn37">[37]</a> <em>Ibid.</em>, p. 21-24.</p>
<p><a href="#_ftnref38" name="_ftn38">[38]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref39" name="_ftn39">[39]</a> André Moreau, <em>Op. </em><em>Cit.,</em> 2014, p. 387.</p>
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		<title>Qu&#8217;est-ce que percevoir? &#8211; Berkeley et l&#8217;expérience concrète</title>
		<link>https://jovialiste.com/percevoir-george-berkeley/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Lehoux]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Feb 2026 11:49:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[George Berkeley]]></category>
		<category><![CDATA[Immatérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Perception]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par Nicolas Lehoux Vous souhaitez comprendre pourquoi George Berkeley s’intéresse autant à la perception sans vous perdre dans le jargon philosophique? Commençons par ce que vous vivez chaque jour: votre expérience concrète du monde. La perception: votre porte d&#8217;entrée vers Berkeley Berkeley nous invite à partir d&#8217;une question apparemment simple mais profondément philosophique: «Qu&#8217;est-ce que percevoir?» Lorsque vous regardez une [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Nicolas Lehoux</strong></p>
<p>Vous souhaitez comprendre pourquoi George Berkeley s’intéresse autant à la perception sans vous perdre dans le jargon philosophique? Commençons par ce que vous vivez chaque jour: votre expérience concrète du monde.</p>
<h2>La perception: votre porte d&rsquo;entrée vers Berkeley</h2>
<p>Berkeley nous invite à partir d&rsquo;une question apparemment simple mais profondément philosophique: «Qu&rsquo;est-ce que percevoir?»</p>
<p>Lorsque vous regardez une pomme, que voyez-vous réellement? Cette approche révolutionnaire place l&rsquo;expérience sensible au cœur de la philosophie. Berkeley débute ses <em><a href="https://amzn.to/4rn4T6S" target="_blank" rel="noopener">Principes de la connaissance humaine</a></em> par cette phrase: «Il est évident à tous ceux qui jettent un regard sur les objets de la connaissance humaine que ceux-ci sont ou des idées réellement imprimées sur les organes des sens, ou autre chose qui est perçu en faisant attention aux passions et aux opérations de l&rsquo;esprit.» (<em>Principes</em>, §1)</p>
<p>Contrairement aux systèmes abstraits, Berkeley recommande de penser avec le sage et de parler avec le vulgaire — autrement dit, de partir du concret avant d&rsquo;introduire les concepts complexes.</p>
<h2>De la perception à l&rsquo;idée: comprendre par l&rsquo;expérience</h2>
<p>Ce que nous percevons est également vécu, senti, éprouvé, subi, voulu. L&rsquo;homme qui perçoit se met au diapason de l&rsquo;univers.</p>
<p>Berkeley affirme qu’être c’est être perçu — <em>esse est percipi</em>. Cette formule célèbre exprime une vérité d&rsquo;expérience: les choses sensibles que nous connaissons existent dans notre perception.</p>
<h2>Exercice de réflexion</h2>
<p>Observez un objet devant vous — une tasse, un livre, votre téléphone. Posez-vous ces questions:</p>
<ul>
<li>Qu’est-ce que je perçois exactement? Des couleurs, des formes, une texture?</li>
<li>Ces qualités existent-elles indépendamment de ma perception?</li>
<li>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une «idée» selon mon expérience quotidienne?</li>
</ul>
<p>Cette méthode vous introduit naturellement à la critique berkeleyenne de l&rsquo;abstraction.</p>
<h2>Pourquoi Berkeley critique-t-il l&rsquo;abstraction?</h2>
<p>Berkeley rejette les idées abstraites parce qu&rsquo;elles nous éloignent de l&rsquo;expérience concrète. Il écrit: «Je nie que je puisse abstraire l&rsquo;une de l&rsquo;autre, ou concevoir séparément, celles de ces qualités dont il est impossible qu’elles existent ainsi à l’état séparé.» (<em>Principes</em>, intro. §10)</p>
<p>Prenons l&rsquo;exemple du triangle : pouvez-vous imaginer un triangle qui ne soit ni équilatéral, ni isocèle, ni scalène? Un triangle «en général» n&rsquo;existe pas dans votre expérience réelle. Berkeley observe: «quelque main, quelque œil que j&rsquo;imagine, il faut que celui-ci ait une figure ou une couleur particulières». (<em>Principes</em>, intro. §10)</p>
<p>Cette critique libère la pensée des constructions artificielles et nous ramène à ce qui est réellement perçu. La critique de la matière représente bien plus qu&rsquo;une simple négation de la matière: c&rsquo;est une libération de la pensée qui permet de saisir la transparence des structures et l&rsquo;intelligibilité du réel.</p>
<h2>Le lien avec André Moreau: une méthodologie des structures</h2>
<p>André Moreau a magistralement démontré que l&rsquo;immatérialisme de Berkeley représente bien plus qu&rsquo;une simple négation de la matière. Il écrit: «L’immatérialisme est une philosophie dont la tâche principale consiste à libérer l&rsquo;esprit en l&rsquo;aidant à dépasser les limites que lui imposent les préjugés de l&rsquo;entendement.» (Moreau, 2013, p.101)</p>
<p>Berkeley et Moreau partagent une même exigence de clarté rationnelle et une volonté de fonder la connaissance dans l&rsquo;évidence immédiate plutôt que dans les abstractions vides. Moreau écrit: «On cherche vainement à justifier l&rsquo;existence de la matière en invoquant le rôle joué par l&rsquo;abstraction dans la formation des théories. Comment une opération intellectuelle aussi incompréhensible que l&rsquo;abstraction pourrait-elle rendre claire la notion de matière quand elle est elle-même la chose la plus obscure qui soit.» (Moreau, 2013, p.106)</p>
<h2><em>Esse est percipi</em>: le principe fondamental</h2>
<p>Le célèbre principe <em>esse est percipi</em> — être, c&rsquo;est être perçu — n&rsquo;est pas une formule abstraite. Il exprime une vérité d&rsquo;expérience : les choses sensibles que nous connaissons existent dans notre perception. Berkeley écrit au §3 des <em>Principes</em>: «L’<em>esse</em> de ces choses-là, c’est leur <em>percipi</em> ; et il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;elles aient une existence quelconque hors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent.» L&rsquo;existence des choses passives et non-pensantes consiste à être perçues : <em>esse est percipi.</em></p>
<p>Berkeley précise: «Je dis que la table sur laquelle j&rsquo;écris existe, c&rsquo;est-à-dire que je la vois et la touche; et si je n&rsquo;étais dans mon bureau, je dirais que cette table existe, ce par quoi j’entendrais que, si j&rsquo;étais dans mon bureau, je pourrais la percevoir; ou bien, que quelque autre esprit (<em>spirit</em>) la perçoit actuellement.» (<em>Principes</em>, §3) Cela ne signifie pas que le monde disparait quand vous fermez les yeux, mais que notre accès au réel passe toujours par l&rsquo;expérience.</p>
<h2>Conclusion</h2>
<p>Berkeley nous offre une philosophie ancrée dans l&rsquo;expérience quotidienne. En partant du concret — ce que vous voyez, touchez, ressentez — vous pouvez accéder à une compréhension profonde de la réalité sans vous perdre dans les abstractions.</p>
<p>Comme le souligne Moreau, cette approche structurale nous invite à comprendre que «l&rsquo;immatérialisme dépouille la nature des vaines apparences matérielles imputables aux préjugés de l&rsquo;entendement et permet à l&rsquo;esprit de garder, dans l&rsquo;observation des phénomènes, une attitude de liberté intérieure dégagée de toute influence.» (Moreau, 2013, p.88)</p>
<p>Prêt à explorer davantage? Rejoignez notre groupe d&rsquo;étude sur Berkeley et découvrons ensemble cette philosophie révolutionnaire!</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Références</strong></p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, I.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1985.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, II.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1987.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Principes de la connaissance humaine</em>. Paris, Flammarion, 1991.</p>
<p>MOREAU, André. <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>. Thèse postdoctorale de 1969, présentée à l&rsquo;université de Paris, 1969, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013.</p>
<p>MOREAU, André. <em>Grand traité sur l&rsquo;immatérialisme. Tome 1 : La matière n’existe pas</em>. Québec, André Moreau et compagnie, 1989.</p>
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		<item>
		<title>Esse est percipi : Berkeley et la signification de l&#8217;existence des choses sensibles</title>
		<link>https://jovialiste.com/esse-est-percipi-berkeley-existence-choses-sensibles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Lehoux]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 16:12:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Être]]></category>
		<category><![CDATA[George Berkeley]]></category>
		<category><![CDATA[Immatérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Perception]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Nicolas Lehoux</strong></p>
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<p>« Peut-être jamais auparavant dans l&rsquo;histoire de la philosophie n&rsquo;a-t-on dit autant de vérité nouvelle en si peu de mots ou en des mots si simples. »<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<h2><a name="_Toc216628690"></a>Introduction : Clarifier le langage pour dissoudre le scepticisme</h2>
<p>Si les objets physiques sont des substances matérielles existant indépendamment de mes perceptions, comment puis-je savoir que mes idées les représentent fidèlement ? Le monde réel pourrait être radicalement différent de ce que je perçois. Un voile de perceptions me sépare des choses en soi, créant un écart épistémologique infranchissable. La matière est comme une couche de poussière à la surface des choses. Ce scepticisme menace les fondements mêmes de la connaissance humaine.</p>
<p>George Berkeley (1685-1753), évêque et philosophe irlandais, propose une solution radicale dans <em>A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge</em> (1710). Plutôt que de chercher à prouver que nos idées correspondent à une matière imperceptible, il élimine la matière elle-même. Son projet n&rsquo;est pas de nier l&rsquo;existence du monde sensible mais de redéfinir ce qu&rsquo;est ce monde. Il affirme que l&rsquo;existence du monde physique est indépendante des esprits finis, mais non de l&rsquo;esprit Divin.</p>
<p>L&rsquo;enjeu linguistique constitue une clé herméneutique permettant d&rsquo;accéder à l’ontologie berkeleyenne dont les fondements reposent sur une intuition profonde. Les confusions métaphysiques émanent d&rsquo;un abus du langage où les mots sont détaché de leur usage ordinaire, créant des pseudo-problèmes. L&rsquo;existence de la table n&rsquo;est rien au-delà du fait d&rsquo;être vue et touchée. Clarifier ce que veut dire concrètement un terme révèle la nature de la chose sensible. Quelle est la signification du terme « exister » ? Un nouveau principe de la connaissance est nécessaire pour y répondre. Une évidence sauvage me force à préciser ma question : <strong>que veut dire le terme « exister » lorsqu&rsquo;il est appliqué aux choses sensibles ?</strong> Loin d’être seulement sémantique, cette question est la porte d&rsquo;entrée de toute la métaphysique berkeleyenne. « What is meant by the term &lsquo;exist&rsquo; when applied to sensible things » ; cette formulation, que Berkeley lui-même pose au §3 des <em>Principles</em> présente trois avantages méthodologiques :</p>
<ol>
<li><strong>Délimitation précise :</strong> « Le terme » indique une analyse linguistique ; « appliqué aux choses sensibles » restreint le domaine (pas les esprits, pas Dieu) ; « veut dire » renvoie à l&rsquo;usage ordinaire concret.</li>
<li><strong>Unité méthode/ontologie :</strong> Chez Berkeley, clarifier le sens du terme révèle directement la nature de la chose. L&rsquo;existence de la table n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le fait d&rsquo;être vue et touchée.</li>
<li><strong>Progression naturelle :</strong> du familier (usage ordinaire) au problème (confusion matérialiste) à la source (abstraction lockienne) à l&rsquo;ontologie (<em>esse est percipi</em>).</li>
</ol>
<p>Ce travail est divisé en trois parties. Dans la première, j&rsquo;examine les fondements de la connaissance sensible (§§1-2). Dans la deuxième, j&rsquo;analyse les §§3-5 où Berkeley déploie son argument. Enfin, dans la troisième, j&rsquo;en explore les implications philosophiques.</p>
<h2><a name="_Toc216628691"></a>1. Fondements de la connaissance sensible (§§1-2)</h2>
<h3><a name="_Toc216628692"></a>1.1. Les idées comme objets immédiats de la connaissance (§1)</h3>
<p>Berkeley établit d&#8217;emblée qu&rsquo;il n&rsquo;existe que trois classes d&rsquo;objets de la connaissance humaine : les idées imprimées sur les sens, les idées perçues en observant les passions et opérations de l&rsquo;esprit, et les idées formées par la mémoire et l&rsquo;imagination.</p>
<p><strong>Que signifie « idée »<em> </em>?</strong> Une idée n&rsquo;est pas un concept abstrait, mais le contenu immédiat de la perception. Lorsque je vois du rouge, l&rsquo;idée de rouge est cette sensation visuelle elle-même. Une couleur vue ne peut être séparée de la sensation visuelle de cette couleur.</p>
<p><strong>L&rsquo;identification décisive :</strong> idées = objets. Lorsque plusieurs idées s&rsquo;accompagnent régulièrement, nous les désignons par un seul nom. Une pomme est une collection d&rsquo;idées : rouge (vue), ronde (toucher), sucrée (gout). Ces idées sont-elles des copies d&rsquo;objets matériels extérieurs, ou sont-elles les objets eux-mêmes ? Berkeley défend la seconde position. Le corporel est ce qui est senti, et <em>vice versa</em>. Cette identification est décisive. Moreau exprime cette révolution conceptuelle avec force : « Les idées qui n&rsquo;étaient que des sortes d&rsquo;images deviennent les choses elles-mêmes et les images deviennent des sortes d&rsquo;idées. »<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a></p>
<p><strong>Comment passer de « perception » à « idée » à « objet » ?</strong> L&rsquo;argument repose sur l&rsquo;inséparabilité. Essayez de penser à la rougeur d&rsquo;une pomme indépendamment de toute sensation de rouge — c&rsquo;est impossible. La qualité sensible (rouge) et la sensation (voir du rouge) sont identiques. Si les qualités sensibles sont des sensations, et que les objets ne sont que des collections de qualités sensibles, alors les objets sont des collections d&rsquo;idées. Pour Berkeley, un objet n&rsquo;est pas une substance sous-jacente qui « supporte » des qualités, mais simplement la collection elle-même.</p>
<h3><a name="_Toc216628693"></a>1.2. L&rsquo;esprit comme substance percevante distincte (§2)</h3>
<p>« Outre toute cette variété sans fin d&rsquo;idées [&#8230;] il y a également quelque chose qui les connait ou les perçoit. »<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> Berkeley distingue radicalement les idées (passives, perçues) des esprits (actifs, percevants). « Substance » ne signifie pas « matière », mais « ce qui existe par soi ». L&rsquo;esprit est une substance active — une substance spirituelle —qui supporte les idées en les percevant. Je ne dois pas confondre ce qui est dans mon esprit (les idées) avec mon esprit lui-même (le percevant). Cette distinction entraine deux modes d&rsquo;existence : l&rsquo;<em>esse</em> du corporel est <em>percipi </em>(être perçu) : l&rsquo;<em>esse </em>de l&rsquo;esprit est <em>percipere</em> et <em>velle</em> (percevoir et vouloir). Dans le cadre de ce travail, mon étude porte plus particulièrement sur le premier : <strong>l&rsquo;existence des choses sensibles</strong>.</p>
<h3><a name="_Toc216628694"></a>1.3. Rejet de l&rsquo;abstraction lockienne</h3>
<p>Locke distingue qualités primaires (extension, forme) et secondaires (couleur, son). Berkeley rejette cette distinction comme un abus du langage fondé sur une abstraction impossible. Toute idée est nécessairement particulière et déterminée. Il semble à Berkeley <em>« impossible de former l’idée abstraite d&rsquo;un mouvement, qui soit distincte d&rsquo;un corps mobile dont le mouvement ne serait ni rapide ni lent, ni curviligne ni rectiligne. »</em><a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a> Les qualités primaires sont aussi relatives à sa perception que les secondaires.</p>
<p>Locke soutient que nous formons des idées abstraites soit en omettant des caractéristiques particulières, soit en combinant des propriétés incompatibles. Ainsi, nous pourrions former l&rsquo;idée générale d&rsquo;un triangle qui ne serait ni oblique, ni rectangle, ni équilatéral, mais tout et rien de cela à la fois. Berkeley rejette ces deux procédés : on ne peut pas plus former l&rsquo;idée d&rsquo;un triangle sans angles déterminés qu&rsquo;on ne peut le dessiner — c&rsquo;est impossible. Cette critique est cruciale au §5 : l&rsquo;erreur matérialiste provient de cette abstraction illégitime qui prétend séparer l&rsquo;existence de la perception. Berkeley aperçoit la matière comme une mince pellicule transparente située entre l&rsquo;homme et Dieu.</p>
<h2><a name="_Toc216628695"></a>2. Analyse méthodique des §§3-5</h2>
<h3><a name="_Toc216628696"></a>2.1. Usage ordinaire et <em>esse est percipi </em>(§3)</h3>
<h4><a name="_Toc216628697"></a>2.1.1. Consensus sur les idées imaginaires</h4>
<p>Berkeley commence par un point d&rsquo;accord universel : « Que ni nos pensées ni nos passions ni les idées formées par l&rsquo;imagination n&rsquo;existent hors de l&rsquo;esprit, c&rsquo;est ce que tout le monde m&rsquo;accordera. »<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> Personne ne conteste que les rêves, les fantasmes et les émotions n&rsquo;existent que dans l&rsquo;esprit qui les éprouve, mais Berkeley ajoute immédiatement : « Et il semble tout aussi évident que les diverses impressions ou idées imprimées sur les sens […] ne peuvent exister autrement que dans un esprit qui les perçoit. »<a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a> Les sensations qui composent notre expérience du monde ne peuvent exister que dans un esprit percevant. Berkeley procède du consensus (idées imaginaires) vers le controversé (idées sensibles) en montrant que la différence n&rsquo;est pas ontologique, mais seulement de degré de vivacité et de cohérence.</p>
<h4><a name="_Toc216628698"></a>2.1.2 L&rsquo;exemple décisif de la table</h4>
<p>« Je dis que la table sur laquelle j&rsquo;écris existe, c&rsquo;est-à-dire que je la vois et la touche ; et si je n&rsquo;étais dans mon bureau, je dirais que cette table existe, ce par quoi j’entendrais que, si j&rsquo;étais dans mon bureau, je pourrais la percevoir ; ou bien, que quelque autre esprit <em>(spirit)</em> la perçoit actuellement. »<a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> Luce note que le nerf de la philosophie de Berkeley se trouve dans ce « c&rsquo;est-à-dire » (« <em>i.e.</em> » dans le texte original anglais)<a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>. Cette expression opère une identification : « La table existe » = « je la vois et la touche ». Il n’y a pas deux choses (table et existence), mais une seule (table perçue).</p>
<p>Il y a donc deux sens du terme <em>exister</em> : 1) Perception actuelle : je la perçois maintenant. 2) Perception possible ou par autrui : je pourrais la percevoir, ou un autre esprit la perçoit. Cette distinction sera cruciale pour répondre à l&rsquo;objection de la permanence des objets.</p>
<h4><a name="_Toc216628699"></a>2.1.3. Formule <em>esse est percipi</em></h4>
<p>« L’<em>esse</em> de ces choses-là, c’est leur <em>percipi</em> ; et il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;elles aient une existence quelconque hors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent. »<a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a> L&rsquo;existence des choses passives et non-pensantes consiste à être perçues : <em>esse est percipi.</em> Berkeley l’applique alors aux qualités : « <em>Il y eu une odeur</em>, c&rsquo;est-à-dire, elle fut sentie ; <em>il y avait un son</em>, c&rsquo;est-à-dire, il fut entendu ; <em>il y eu une couleur ou une figure</em>, elle fut perçue par la vue ou le toucher. »<a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a> L&rsquo;existence d&rsquo;une qualité sensible non perçue n&rsquo;est pas simplement fausse — elle est logiquement contradictoire.</p>
<h4><a name="_Toc216628700"></a>2.1.4. Rejet de l&rsquo;existence absolue</h4>
<p>« Car, quant à ce que l’on dit de l&rsquo;existence absolue des choses non pensantes, sans aucun rapport avec le fait qu’elles soient perçues, cela semble parfaitement inintelligible. »<a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a> L&rsquo;existence passée, l&rsquo;existence future et l&rsquo;existence possible sont toutes relatives à la perception. L&rsquo;existence absolue est un concept vide, inintelligible. Dire qu&rsquo;un objet existe « absolument », sans référence à aucune perception actuelle, possible ou divine, c&rsquo;est prononcer des mots sans signification.</p>
<h3><a name="_Toc216628701"></a>2.2. Diagnostic de l&rsquo;erreur matérialiste (§4)</h3>
<h4><a name="_Toc216628702"></a>2.2.1. L&rsquo;opinion étrangement répandue</h4>
<p>« Certes, il y une opinion curieusement dominante parmi les hommes, selon laquelle des maisons, des montagnes, des rivières, bref tous les objets sensibles possèdent une existence naturelle ou réelle, distincte du fait d&rsquo;être perçus par l&rsquo;entendement. »<a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> Berkeley exprime ici son étonnement : comment une opinion si contraire à l&rsquo;usage ordinaire (§3) peut-elle être si répandue parmi les philosophes ?</p>
<h4><a name="_Toc216628703"></a>2.2.2. La contradiction manifeste</h4>
<p>« Car ce sont les objets susdits sinon des choses que nous percevons par les sens ; et que percevons-nous hormis nos propres idées ou sensations ? »<a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a> N&rsquo;est-il pas manifestement contradictoire que ces objets puissent exister sans être perçue ? Une idée non perçue est contradictoire. Voici l’argument en trois étapes : 1) Tout objet sensible est perçu. 2) Tout ce qui est perçu est une idée. 3) Donc, tout objet sensible est une idée.</p>
<p>Berkeley ne nie pas l&rsquo;existence des objets sensibles. Il conteste l&rsquo;hypothèse d&rsquo;une « substance matérielle » distincte des perceptions. Si la matière existe en au-delà de mes perceptions, elle est invisible, inapercevable et imperceptible. Et si elle est ainsi, pourquoi la postuler ? Les qualités sensibles sont les objets corporels eux-mêmes, pas des représentations d&rsquo;autre chose.</p>
<h3><a name="_Toc216628704"></a>2.3. Racine dans l&rsquo;abstraction lockienne (§5)</h3>
<h4><a name="_Toc216628705"></a>2.3.1. Identification de la source de l&rsquo;erreur</h4>
<p>« Si l’on examine à fond une telle opinion, on trouvera peut-être qu&rsquo;elle dépend, au fond, de la doctrine des idées abstraites. »<a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a> Berkeley met à l’épreuve la théorie lockienne de l&rsquo;abstraction qui prétend pouvoir abstraire l&rsquo;existence d&rsquo;un objet de sa perception. Selon celle-ci, l’esprit peut former des idées générales indépendantes de toute détermination particulière. Ces entités abstraites seraient, selon cette doctrine, le fondement du savoir.</p>
<h4><a name="_Toc216628706"></a>2.3.2. L&rsquo;impossibilité de l&rsquo;abstraction</h4>
<p>« Car peut-il y avoir un effort d&rsquo;abstraction plus subtile que celui qui consiste à distinguer l&rsquo;existence des objets sensibles de la perception qu’on en a, afin de les concevoir comme existant sans qu’ils soient perçus ? »<a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a> Séparer l&rsquo;existence de la perception est une opération logiquement contradictoire, car l&rsquo;existence « est » la perception (§3). Ce ne sont pas deux propriétés distinctes d&rsquo;une même chose, mais une seule et même réalité.</p>
<p>Pourquoi l&rsquo;existence de la matière devrait-elle paraitre évidente à la majorité, absurde pour Berkeley ? La doctrine de l&rsquo;abstraction fait toute la différence. Berkeley pense dans le concret, la majorité pense dans l&rsquo;abstrait. C&rsquo;est sur l&rsquo;idée abstraite d&rsquo;existence que cette question particulière repose. Les partisans de l’opinion dominante abstraient l&rsquo;existence d&rsquo;une odeur de son fait d&rsquo;être sentie et ils prétendent avoir formé l&rsquo;idée générale abstraite d&rsquo;existence. Autant vouloir faire exister l&rsquo;existence, et faire marcher la marche.</p>
<h3><a name="_Toc216628707"></a>2.4. Synthèse : <em>Esse est Percipi</em> comme signification correcte</h3>
<p>Berkeley a procédé en quatre étapes :</p>
<ol>
<li>(§3) : Analyse de l&rsquo;usage ordinaire — dire qu&rsquo;une table existe signifie qu&rsquo;elle est perçue (actuellement ou possiblement).</li>
<li>(§3) : Formulation du principe <em>esse est percipi</em> — l&rsquo;être des choses sensibles consiste à être perçues.</li>
<li>(§4) : Diagnostic de l&rsquo;erreur — l&rsquo;existence absolue distincte de la perception est contradictoire.</li>
<li>(§5) : Identification de la racine — l&rsquo;abstraction lockienne permet de croire qu&rsquo;on peut séparer l&rsquo;existence de la perception, alors que cette séparation est impossible.</li>
</ol>
<p><strong>Pour les choses sensibles « exister » veut dire « être perçues »</strong>. Toute autre signification — notamment l&rsquo;existence absolue — est inintelligible ou, comme le dit Berkeley, d’une répugnance et une incohérence manifeste. Vouloir penser l’existence d’un objet non perçu, c’est user d’un mot vide de sens : « exister » veut dire « être perçu ».</p>
<h2><a name="_Toc216628708"></a>3. Implications et objections</h2>
<h3><a name="_Toc216628709"></a>3.1. La permanence des objets : la solution divine</h3>
<p>Objection : Si « exister » veut dire être perçu, que devient la table quand personne ne la perçoit ? Le monde disparait-il la nuit ?</p>
<p>Réponse : Berkeley répond que cette objection confond la perception humaine avec la perception en général : quand je ne perçois pas un objet, d&rsquo;autres esprits peuvent le percevoir, et surtout Dieu le perçoit toujours. Le monde est donc indépendant des esprits finis (toi et moi), mais dépendant de l&rsquo;esprit Infini (Dieu).</p>
<p>Jessop identifie trois caractères de l&rsquo;objectivité : 1) les objets nous sont donnés, et non imaginés par nous. 2) Ils ont une cohérence qui manque aux images. 3) Les idées sensibles sont plus fermes, vives et précises. Un feu perçu brule réellement ; un feu imaginé ne brule pas<a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a>. Ces trois caractères s&rsquo;expliquent par l&rsquo;origine divine des idées sensibles.</p>
<h3><a name="_Toc216628710"></a>3.2. Berkeley est-il un réaliste ?</h3>
<p>Question : Berkeley affirme-t-il l&rsquo;existence d&rsquo;un monde extérieur ?</p>
<p>Réponse : Oui, si par « monde extérieur » j’entends des objets sensibles existant indépendamment de mes perceptions. Non, si j’entend une « substance matérielle » existant indépendamment de toute perception. Jessop confirme : « Tel est l&rsquo;objectivisme, et le réalisme, de Berkeley. […] le réalisme est impliqué par le principe ; car des objets perçus, par la manière dont ils sont connus, sont donnés, et par leur contenu, sont corporels. »<a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a> Les objets sensibles possèdent une objectivité indéniable : donnés, cohérents, vifs. Ils existent continuellement dans l&rsquo;esprit de Dieu, indépendamment de nos perceptions individuelles.</p>
<p>Différence avec le réalisme matérialiste :</p>
<ul>
<li><strong>Aspect : Réalisme matérialiste | Réalisme immatérialiste </strong></li>
<li>Nature des objets : Substance matérielle | Idées dans l&rsquo;esprit divin</li>
<li>Relation perception/objet : Représentation | Identité</li>
<li>Permanence : Existence absolue | Perception divine</li>
<li>Connaissabilité : Indirecte | Directe</li>
</ul>
<p>Les deux positions affirment l&rsquo;existence d&rsquo;un monde extérieur. Elles diffèrent sur sa nature (matière ou idées) et notre accès à ce monde (indirect ou direct).</p>
<h3><a name="_Toc216628711"></a>3.3. Portée anti-sceptique</h3>
<p>Question : Berkeley publia les <em>Principles</em> pour combattre le scepticisme. Comment l&rsquo;immatérialisme y parvient-il ?</p>
<p>Réponse : Si les objets sensibles sont mes perceptions (idées), il n&rsquo;y a pas d&rsquo;écart entre apparence et réalité. Je connais les choses directement, telles qu&rsquo;elles sont. Le scepticisme est impossible, la confiance s’installe.</p>
<p>Pour Luce, il est significatif que Berkeley place l&rsquo;objet avant le sujet. L&rsquo;objet est son premier intérêt, son thème inaugural. L&rsquo;objectivité est la tonalité fondamentale des <em>Principes</em><a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a>. Son point de départ n&rsquo;est pas le <em>moi</em>, mais le <em>cela</em> <em>(it).</em> Alors que Descartes commence par le <em>cogito, ergo sum</em>, Berkeley préfère débuter par le <em>cogitatur, ergo est.</em><a href="#_ftn19" name="_ftnref19">[19]</a></p>
<p>Berkeley répond à l&rsquo;objection cartésienne du malin génie en montrant que son système élimine le problème à sa racine. Contrairement à Descartes, qui doit prouver la véracité divine pour sortir du doute, Berkeley soutient que nous avons une connaissance intuitive des choses sensibles. Puisque les idées sensibles sont les objets eux-mêmes et non des représentations, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;écart épistémologique à combler. La régularité et la cohérence des idées sensibles témoignent de leur origine divine, garantissant ainsi leur fiabilité. En éliminant la matière, Berkeley ne rend pas le monde moins accessible — il le rend plus connaissable. Les objets ne sont plus des entités cachées derrière un voile de perceptions ; ils sont les perceptions elles-mêmes.</p>
<h3><a name="_Toc216628712"></a>3.4 Objection des objets imaginaires</h3>
<p>Hylas — Mais selon vos conceptions quelle différence y a-t-il entre les choses réelles et les chimères forgés par l&rsquo;imagination ou les visions d&rsquo;un rêve, puisqu’elles sont toutes également dans l&rsquo;esprit ?</p>
<p>Philonous — Les idées que forge l&rsquo;imagination sont pâles et indistinctes ; elles sont en outre entièrement dépendantes de la volonté, mais les idées perçues par le sens, c&rsquo;est-à-dire les choses réelles, sont plus vives et plus claires et, comme ils sont imprimés sur l&rsquo;esprit par une intelligence distincte de nous, elles n&rsquo;ont pas la même dépendance vis-à-vis de notre volonté. Il n&rsquo;y a donc aucun danger de les confondre avec les visions d&rsquo;un rêve qui sont troubles, désordonnés et confuses. […] Bref, quelle que soit la méthode pour distinguer dans votre système les <em>choses</em> des <em>chimères</em>, la même méthode, c&rsquo;est évident, restera valable aussi dans le mien.<a href="#_ftn20" name="_ftnref20">[20]</a></p>
<p>(<em>Trois Dialogues</em> (3, 235))</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette distinction tirée des <em>Trois Dialogues,</em> Berkeley la développe au §36 des <em>Principles</em> en précisant ce qui constitue la réalité objective. Posséder plus de réalité signifie être saisissant, ordonné et distinct, et ne pas être des fictions de l&rsquo;esprit qui les perçoit. Les idées sensibles m’affectent causalement — un feu perçu brule réellement, contrairement à un feu imaginé. Elles suivent un ordre régulier et prévisible qui échappe à mon contrôle : je ne peux pas décider que le feu ne me brule pas. Enfin, elles possèdent une netteté et une précision que les chimères n&rsquo;ont pas. Ces trois caractéristiques — force causale, régularité indépendante de notre volonté, et clarté perceptive — distinguent les objets réels des fictions imaginaires. Les chimères ont une existence mentale subjective, dépourvue de ces propriétés ; les objets sensibles ont une existence objective garantie par la perception divine, qui leur confère précisément ces caractéristiques.</p>
<h2><a name="_Toc216628713"></a>Conclusion</h2>
<p>Cette étude éclaire la méthode berkeleyenne : de l&rsquo;usage ordinaire du langage à l’ontologie. Que veut dire le terme « exister » lorsqu&rsquo;il est appliqué aux choses sensibles ? Cette question est la clé de toute la métaphysique berkeleyenne.</p>
<p>En voici les résultats principaux :</p>
<ol>
<li>Usage ordinaire : Dire qu&rsquo;une chose existe signifie dire qu&rsquo;elle est perçue (actuellement ou possiblement).</li>
<li>Principe <em>esse est percipi</em>: L&rsquo;être des choses sensibles consiste à être perçues.</li>
<li>Erreur matérialiste : L&rsquo;existence absolue distincte de la perception est contradictoire, inintelligible et répugnante.</li>
<li>Racine de l&rsquo;erreur : L&rsquo;abstraction lockienne permet de croire qu&rsquo;on peut séparer l&rsquo;existence de la perception ce qui est aussi illégitime que de séparer une chose d&rsquo;elle-même.</li>
<li>Réalisme immatérialiste : Berkeley ne nie pas le monde extérieur, il en change la nature ontologique : idées dans l&rsquo;esprit Divin plutôt que substance matérielle.</li>
</ol>
<p>La doctrine berkeleyenne montre que la clarification du sens des mots révèle directement la nature des choses. Il n&rsquo;y a pas de dualisme entre langage et réalité. Comme le souligne Moreau : « L&rsquo;immatérialisme est une philosophie dont la tâche principale consiste à libérer l&rsquo;esprit en l&rsquo;aidant à dépasser les limites que lui imposent les préjugés de l&rsquo;entendement. »<a href="#_ftn21" name="_ftnref21">[21]</a> Cette méthode suit le principe d&rsquo;économie : ne pas multiplier les entités sans nécessité. Berkeley soutient que la matière n&rsquo;explique rien de plus que les idées elles-mêmes, il écrit au §19 : « la production d&rsquo;idées ou de sensations dans l’esprit ne nous fournit aucune raison pour supposer l’existence de la matière ou des substances corporelles ; car l’on admet que cette production reste également inexplicable avec ou sans cette supposition. »<a href="#_ftn22" name="_ftnref22">[22]</a> Si les qualités sensibles suffisent à expliquer mon expérience, la matière est superflue.</p>
<p>Berkeley opère un renversement ontologique radical en soutenant que les qualités sensibles elles-mêmes ne peuvent exister que dans un esprit percevant. Il ne dit pas simplement que les objets de perception ne peuvent exister hors de l&rsquo;esprit — il affirme quelque chose de plus fort : rien qui ressemble à un objet de perception ne peut avoir ce statut non plus. De même qu&rsquo;une douleur ne peut exister que ressentie, une couleur ne peut exister que perçue. L&rsquo;immatérialisme berkeleyen ne nie pas le monde, les objets sensibles sont exactement ce qu&rsquo;ils se révèlent être dans l&rsquo;expérience — des collections d&rsquo;idées dans l&rsquo;esprit Divin.</p>
<p>Ce travail ouvre des pistes prometteuses pour un étude plus pleine de l&rsquo;immatérialisme. C’est une perspective joyeuse qui dépouille la nature des vaines apparences matérielles imputables aux préjugés de l&rsquo;entendement et permet à l&rsquo;esprit de garder, dans l&rsquo;observation des phénomènes, une attitude de liberté intérieure dégagée de toute influence.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h1><a name="_Toc216628714"></a>Bibliographie</h1>
<p><strong>Sources primaires</strong></p>
<p>BERKELEY, George. <em>A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge</em>. Edited by Jonathan Dancy. Oxford, Oxford University Press, 1998.</p>
<p>BERKELEY, George. « Three Dialogues between Hylas and Philonous ». In <em>Philosophical Works Including the Works on Vision</em>. Edited by Michael R. Ayers. London, Dent, 1975.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, I.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1985.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Œuvres, II.</em> Sous la direction de Geneviève Brykman. Paris, Presses Universitaires de France, 1987.</p>
<p>BERKELEY, George. <em>Principes de la connaissance humaine</em>. Paris, Flammarion, 1991.</p>
<p><strong>Sources secondaires</strong></p>
<p>BERMAN, David, ed. <em>George Berkeley: Alciphron in Focus</em>. London, Routledge, 1993.</p>
<p>FOGELIN, Robert J. <em>Routledge Philosophy GuideBook to Berkeley and the Principles of Human Knowledge.</em> London, Routledge, 2001.</p>
<p>GRAYLING, A. C. « Berkeley&rsquo;s Argument for Immaterialism ». In <em>The Cambridge Companion to Berkeley</em>, edited by Kenneth P. Winkler, 166-189. Cambridge, Cambridge University Press, 2005.</p>
<p>GUEROULT, Martial. « Perception, idée et objet chez Berkeley ». <em>Revue de Métaphysique et de Morale</em>, 58, no. 4 (1953), 381-400.</p>
<p>JESSOP, T. E. « L&rsquo;esse est percipi de Berkeley ». <em>Revue Philosophique de la France et de l&rsquo;Étranger</em>, 139 (1949), 135-152.</p>
<p>JOUSSAIN, André. <em>Exposé critique de la philosophie de Berkeley.</em> Paris, Boivin &amp; Cie Éditeurs, 1921.</p>
<p>LOCKWOOD, Michael. « Russell, Berkeley et l&rsquo;inscrutabilité de la matière ». <em>Philosophiques</em>, 17, no. 2 (1990), 3-28.</p>
<p>LUCE, A. A. <em>Berkeley&rsquo;s Immaterialism: A Commentary on His « A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge »</em>. New York, Russell &amp; Russell, 1968.</p>
<p>MCCRACKEN, Charles J. <em>Malebranche and British Philosophy</em>. Oxford, Clarendon Press, 1983.</p>
<p>MOREAU, André. <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>. Thèse postdoctorale de 1969, présentée à l&rsquo;université de Paris, 1969, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013.</p>
<p>PITCHER, George. <em>Berkeley</em>. London, Routledge &amp; Kegan Paul, 1977.</p>
<p>WINKLER, Kenneth P., ed. <em>The Cambridge Companion to Berkeley</em>. Cambridge, Cambridge University Press, 2005.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les rectifications de l&rsquo;orthographe de 1990 sont utilisées dans ce texte.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> A. A. Luce, <em>Berkeley&rsquo;s Immaterialism: A Commentary on His « A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge »</em>, New York, Russell &amp; Russell, 1968, p. 66.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> André Moreau, <em>La fondation de l&rsquo;Immatérialisme, la méthodologie des structures dans l&rsquo;immatérialisme de Berkeley, essai sur la fluidité organique d&rsquo;un système</em>, Montréal, Éditions Vox Populi, 2013, p. 611.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> George Berkeley, <em>Œuvres</em>, I, sous la direction de Geneviève Brykman, Paris, Presses Universitaires de France, 1985, p. 320.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p. 304.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> <em>Ibid.</em>, p. 320.</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> <em>Ibid</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> <em>Ibid.</em>, p. 320.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> A. A. Luce, <em>Op. Cit.,</em> p. 62.</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> George Berkeley, <em>Op. Cit</em>., p.320</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 321</p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> T. E. Jessop, « L&rsquo;esse est percipi de Berkeley », <em>Revue Philosophique de la France et de l&rsquo;Étranger</em>, 139 (1949), p. 160.</p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> A. A. Luce, <em>Op. Cit</em>., p. 46-47.</p>
<p><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> Traduction libre: « Cela est pensé; donc cela est » ou « It is thought; therefore it is ».</p>
<p><a href="#_ftnref20" name="_ftn20">[20]</a> George Berkeley, <em>Op. </em><em>Cit.,</em> p. 113-114.</p>
<p><a href="#_ftnref21" name="_ftn21">[21]</a> André Moreau, <em>Op. </em><em>Cit.,</em> p. 101.</p>
<p><a href="#_ftnref22" name="_ftn22">[22]</a> George Berkeley, <em>Op. Cit.,</em> p. 328-329.</p>
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