PRÉFACE

Ce livre est à l’usage de ceux qui veulent connaître la pensée jovialiste et approfondir ses principes fondamentaux. Le Mouvement Jovialiste a été fondé le 14 décembre 1970 dans le but de regrouper ceux qui croient au bonheur, à l’ouverture et à la liberté. Depuis ce jour, il n’a cessé de se développer, au point qu’il a fallu trouver une formule plus accessible pour faciliter l’approche de ce système du monde profondément nouveau.

Le Petit manifeste du Mouvement donne bien des indications générales sur la nature de la pensée jovialiste, mais il ne répond pas à toutes les questions. L’Enseignement Jovialiste vient combler cette lacune en apportant des réponses à plus de 400 questions concernant les divers secteurs du savoir, de l’action et de l’être. Cet enseignement ne prétend pas être exhaustif, mais il permet un survol de l’univers jovialiste que beaucoup trouveront très satisfaisant.

L’essentiel de la doctrine jovialiste repose sur une notion fondamentale: l’être. Mais cette notion est tellement différente de tout ce qu’Aristote, Saint Thomas, Heidegger ou Rogers ont pu en penser qu’elle nécessite à elle seule une refonte intégrale de l’esprit de la philosophie et de la religion. La pensée jovialiste n’a qu’un but: habituer les êtres humains à vivre en harmonie avec leur être profond de façon à être plus pleinement présents à tout ce qu’ils entreprennent. C’est ainsi qu’elle prétend transformer le monde et mettre en chaque être humain volontairement conscient une parcelle du divin actualisable à l’infini.

Le présent ouvrage se veut un condensé explicite de la pensée jovialiste et une entrée en matière aux activités de groupe qui caractérisent le Mouvement. En effet, l’Enseignement débouche sur le pouvoir et tous les Jovialistes considèrent que les connaissances dont il est question dans ce livre entraînent sur le plan pratique des conséquences telles que «celui qui n’était qu’un pion sur le vaste échiquier cosmique devient soudainement le joueur».

ANDRÉ MOREAU

CONCLUSION

Q. Que faut-il penser de la vision du monde que vous venez d’exposer?

R. Si vous pensez en avoir découvert une meilleure, ignorez la mienne et suivez votre idée. Mais n’hésitez pas à faire votre choix, car l’irrésolution entraîne la ruine de l’homme.

39 – L’UNIVERS

Q. Qu’est-ce que l’univers?

R. L’univers est ce qui est donné à la perception.

Q. Comment peuvent se définir les sciences comme l’astronomie qui étudient les structures de l’univers?

R. Elles constituent l’étude scientifique, donc faillible, d’un secteur de nos perceptions. Toute prétention de leur part à l’universalité serait injustifiée, car elles dépendent uniquement de ce qui est perceptible.

Q. Comment peut-on parvenir à comprendre l’univers?

R. Seule la relativité du temps permet de comprendre l’univers. Tout se tient dans l’univers, mais à des rythmes et selon des cycles divers.

Q. L’univers a-t-il une origine?

R. Il est absurde de vouloir prêter une origine à l’univers. Il est ce qui surgit à chaque instant à la place qu’il occupe. Il ne vient pas d’ailleurs et imaginer un temps où il n’y avait pas d’univers est contradictoire puisque le temps est le signe de l’univers.

Q. L’univers est-il en évolution?

R. L’univers est stable. Le mouvement pur qui l’anime est une preuve de sa stabilité. Il naît, se développe et décroit en chacun de ses secteurs selon un plan d’ensemble qui n’a de sens que s’il demeure constamment ce qu’il est.

Q. Quel est le rôle de la vie organique à la surface de la terre?

R. La vie organique à la surface de la terre sert de catalyseur aux forces de l’univers et permet de les équilibrer. L’énergie qui émane de notre soleil est à l’image des grands courants d’énergie qui parcourent le monde. Elle a besoin d’être dynamisée, orientée, synthétisée pour jouer le rôle qui lui est propre. L’opinion commune veut que notre soleil soit chaud et lumineux. Il ne l’est pas. S’il nous paraît tel et se manifeste ainsi à nous, c’est à cause de la vie organique répandue autour de la terre, qui crée un climat de réceptivité qui accommode toutes choses aux possibilités de la perception physique, si bien que la lumière et la chaleur semblent nous entourer alors qu’en réalité il n’en est rien. Les anciens gnostiques se plaignaient à tort devant l’immensité de la nuit stellaire. L’homme doit se repaître d’ombre pour alimenter sa lumière.

Q. Quelle doit être l’attitude de l’homme à l’égard de la nature?

R. L’homme endormi obéit à la nature. L’homme éveillé la tourmente. Xerxès faisant fouetter la mer rebelle symbolise la détermination de l’homme à conquérir les secrets de la nature.

Q. L’ordre de l’univers peut-il être amélioré?

R. Non, il ne peut qu’être changé. L’ordre de l’univers est le meilleur qui soit. Seul le meilleur vient à l’être. Vouloir améliorer ce qui est déjà excellent est une perte de temps.

Q. Selon quel principe l’homme s’insère-t-il dans l’univers?

R. C’est par l’attraction que l’homme s’insère dans l’univers. À chaque temps correspond un poids. La connaissance n’a de sens que si elle permet à l’homme de rejoindre son centre de gravité et de se définir en fonction du temps qui le régit. Si je tombe, je suis.

Q. Le principe de causalité permet-il d’expliquer quoi que ce soit dans l’univers?

R. Les choses ne se produisent pas en vertu d’une chaîne causale qui entraînerait certains effets, mais par un phénomène de concomitance qui en fait les occasions les unes des autres. En réalité, rien n’est la cause d’autre chose, si ce n’est l’homme éveillé qui a trouvé son être. Et, là encore, souvent il préfère laisser les choses se produire toutes seules, car il sait qu’ainsi tout est mieux.

Q. Peut-on dire qu’il existe une administration de l’univers?

R. Oui, il y a une administration de l’univers, mais elle s’effectue de l’intérieur des choses et non selon une action créatrice extérieure. C’est par ignorance que son détail nous échappe. Notre plan de vie en est un signe.

Q. Mais, n’y a-t-il pas une énergie maîtresse de l’univers qui agit en toutes choses?

R. Oui, bien sûr. Les galaxies, les étoiles, les planètes, la vie, ne sont que des concrétisations de cette énergie qui anime l’univers. Mais la qualité de sa présence n’a de sens que dans la mesure où l’homme l’amène à se dépasser dans l’individualité volontairement consciente. On pourrait presque dire que l’homme est l’idéal de Dieu, pour peu que ce mot ait encore un sens. En effet, cette force qui meut l’univers et que nous avons définie de plusieurs façons cherche son sens et le trouve en tout être qui aspire à la perfection. C’est uniquement en ce sens qu’on peut parler du Dieu Vivant.

Q. Faut-il admettre alors l’existence d’un Dieu créateur?

R. Supposer l’existence d’un Dieu créateur à l’origine de l’univers, c’est faire preuve d’ignorance. Si vous tenez à chercher Dieu, cherchez-le en vous et voyez dans votre avenir le moteur de son existence. En un sens, Dieu n’est que parce qu’il sera. Le sort de l’univers est entre vos mains.

Q. L’acte pur existe-t-il?

R. L’acte pur existe. C’est moi, c’est vous, quand nous sommes conscients, éveillés, créateurs. Le divin, selon le degré de coïncidence avec notre être, se manifeste ici et là. La seconde naissance le polarise en nous. Nous le retrouvons dans la plénitude transparente de nos gestes et de nos pensée.

Q. Le hasard existe-t-il?

R. L’univers est un ensemble cohérent. Ce qui arrive n’a de sens qu’en rapport avec un être qui vit les événements. Comment les événements qui nous marquent pourraient-ils être le fruit de ce qui nous échappe? Le hasard ne peut être qu’une coïncidence préparée.

41 – LA VIE

Q. Qu’est-ce que la vie?

R. La vie est la propriété essentielle des êtres organisés qui naissent, se développent et meurent. Elle constitue une première libération de l’Absolu au coeur de la réalité.

Q. Pourquoi le jovialisme est-il porté à jeter le discrédit sur la vie et sur l’amour qui en est l’expression la plus parfaite?

R. Il y a quelque chose de truqué dans le dynamisme vital, quelque chose qui ne répond pas aux exigences profondes de notre être et qui nous entraîne dans le cycle fermé du changement continu.

Q. Quel rôle joue l’hérédité dans la vie?

R. Son rôle est de nous rappeler que si le passé nous détermine seul le futur a le pouvoir de nous libérer.

Q. Puisque l’homme est un vivant, c’est-à-dire un être clos sur lui-même et condamné à l’implosion, comment peut-il aspirer à l’immortalité?

R. L’homme ne peut rompre le cercle magique de la vie qu’en s’ouvrant. Or, l’ouverture définitive vient par la mort. C’est donc en se familiarisant avec sa propre mort qu’il peut espérer se prémunir contre la vie.

40 – LA VÉRITÉ

Q. En quoi consiste la vérité?

R. La vérité est moins dans la conformité de la pensée aux choses que dans la cohérence avec soi.

Q. Quel est le meilleur moyen de connaître la vérité?

R. Le meilleur moyen de connaître la vérité est de la faire. C’est également le meilleur moyen de ne pas l’oublier.

Q. Que penser du consensus commun pour établir la vérité?

R. Un homme peut avoir raison contre un million. Le nombre ne fait rien à l’affaire.

Q. L’homme a-t-il le droit de garder la vérité pour soi?

R. Non. Il faut la vérité totale pour tous. Celui qui cache la vérité, sous quelque prétexte que ce soit, est un criminel. Cela s’oppose au principe: à chacun sa vérité. Il n’y a qu’une vérité et tous peuvent la posséder intégralement, car l’infini divisé le nombre de fois qu’on voudra donne toujours l’infini.

Q. Quel est le destin de la vérité?

R. Le destin de la vérité est d’être entièrement révélée. Il n’y a aucun secret définitif.

Q. Quelle est l’attitude du sage à l’égard de la vérité?

R. Le sage s’arrange pour ne pas commettre d’erreurs. C’est pourquoi il agit toujours en fonction d’un indice de réalisation suprême en lui.

Q. En quoi consiste l’erreur?

R. L’erreur n’est que la vérité déguisée. Elle accompagne les premiers pas de l’adepte. Beaucoup s’en méfient. Le sage l’évite. Mais, parfois, elle constitue un raccourci pour atteindre la vérité. Celui qui trébuche sans tomber fait un pas plus grand.