28 – LA POLITIQUE

Q. Qu’est-ce que la politique?

R. La politique est l’art de convaincre les citoyens qu’ils participent à l’administration de l’état alors même qu’ils sont privés de leurs droits et exploités.

Q. Quel est le but de tout système électoral en pays capitalistes comme en pays communistes?

R. Le but du système électoral est de maintenir les citoyens dans l’illusion. Les élections ne changent rien. Quel que soit le parti au pouvoir, les élus seront toujours, soit impuissants, soit manipulés, soit corrompus.

Q. Que faut-il penser de la corruption dans le système actuel?

R. C’est la corruption qui maintient le système. Plus le système est corrompu, plus il est efficace, car un plus grand nombre de gens ont à coeur qu’il fonctionne bien pour pouvoir continuer de s’enrichir à ses dépens.

Q. L’égalité entre les hommes prônée par les partis politiques existe-t-elle?

R. Non, elle n’existe pas. Tous les êtres humains sont foncièrement inégaux en valeur personnelle, en droits, en qualités, en privilèges sociaux et en fortune. Le rôle qui leur est assigné dans la société tend à confirmer cette inégalité et à la renforcer.

Q. Quelle valeur peut-on accorder au patriotisme?

R. Sa valeur est nulle. Le patriotisme résulte d’une crise d’insécurité nationale. C’est une réaction de défense purement émotionnelle rendue possible à cause de l’étroitesse de la conscience.

Q. Que valent les systèmes politiques actuels?

R. La démocratie comme la dictature sont des illusions. Ce genre de système abuse invariablement tous ceux qui s’y attachent. C’est le prétexte qu’utilise le gouvernement pour faire accepter au peuple la misère où il le plonge.

Q. Quels sont les seuls et véritables politiciens dans notre système?

R. Ce sont ceux qui ont l’argent. Les autres (ceux qui ont les titres) ne sont que des exécutants passifs qui cherchent à se convaincre de leur influence par des déclarations à l’emporte-pièce et qui passent leur temps à commettre des erreurs en tentant de devenir personnels.

Q. Y a-t-il une solution aux problèmes qu’engendre la politique?

R. Oui. Elle réside dans le savoir. Seuls ceux qui savent devraient diriger. Je rêve d’un gouvernement, non pas élu par les ignorants, mais nommé par les sages.

Q. À quelles conditions seulement un homme politique pourrait-il être jugé honnête?

R. À la condition de refuser tout salaire et tout pot-de-vin, de démissionner comme membre de son parti une fois qu’il est élu et de se retirer de la politique, quand son mandat est terminé, aussi pauvre qu’il l’était en y entrant.

Q. Que vaut une révolution armée dans un pays?

R. Elle équivaut à créer une nouvelle race de bourgeois aussi condamnable que celle qui l’a précédée, car chaque coup de feu tiré pour libérer l’homme est un affront à l’intelligence humaine.

Q. Comment peut-on changer un pays comme le nôtre sans faire de politique?

R. En devenant tous des jovialistes. La politique ne résiste pas au sourire. Par contre, le sourire crée les meilleurs liens entre les individus et les peuples.

27 – LE PLAISIR

Q. Qu’est-ce que le plaisir?

R. Le plaisir est un état d’équilibre qui résulte de la satisfaction d’une tendance. Croire que l’équilibre serait de n’éprouver ni plaisir ni douleur est une aberration, car l’équilibre résulte de tensions qui s’annulent. Le plaisir en ce sens représente une état d’expansion de l’être, plus sensuel que la joie peut-être, moins durable que le bonheur sans doute, mais définitivement plus stimulant, plus spectaculaire et plus insaisissable que toute autre forme d’affection.

Q. Le plaisir peut-il être l’objet d’une sanction morale?

R. Non. Le plaisir n’est ni bon ni mauvais. Il est savoureux.

Q. Est-il vrai que le plaisir et le bonheur sont en opposition?

R. Non. Le plaisir mène plus facilement au bonheur que la douleur. Celui qui jouit pense inévitablement à éterniser son plaisir. S’il n’y parvient pas, c’est par ignorance. Le bonheur, c’est la sagesse qui fait du plaisir l’occasion de la vertu.

Q. Peut-on dire que le plaisir détourne de la connaissance?

R. Chez ceux qui en sont persuadés, oui! Mais les jovialistes considèrent le plaisir comme la voie royale de la connaissance et appellent ascèse du plaisir leur volonté de travailler dans la facilité au lieu de l’effort.

Q. Que penser de la philosophie qui oppose plaisir et salut?

R. C’est une philosophie qui méprise l’être humain. Le plaisir est sagesse. La chair est radieuse. Nos sens sont les portes du paradis. Si j’ai raison, Saint Paul a tort.

Q. Au nom de quel principe peut-on empêcher quelqu’un d’avoir du plaisir?

R. Seule la morale, en tant que source à priori d’ignorance, est assez limitative pour songer à interdire le plaisir. Tout homme a droit au plaisir et c’est un crime de chercher à lui contester ce droit.

Q. Comment se fait-il que certaines personnes ne savent pas fouir?

R. La découverte du plaisir est une chose. L’expérience du plaisir en est une autre. La difficulté qu’éprouvent la plupart des gens devant le plaisir se résume dans le terme «essayer».

Q. Pourquoi le plaisir semble-t-il dis-perser certaines personnes au lieu de les réconcilier avec elles-mêmes?

R. C’est parce qu’elles considèrent ce plaisir comme extérieur à elles-mêmes. Elles ont du plaisir; elles ne sont pas le plaisir qu’elles éprouvent. L’avoir est triste comparé à l’être.

Q. Qu’est-ce qui détourne les gens du plaisir?

R. C’est la culpabilité qu’ils éprouvent devant leur plaisir. La plupart des gens sont embarrassés par leur plaisir parce qu’ils n’ont jamais appris à être eux-mêmes.

Q. Pourquoi les gens hésitent-ils tant à parler de leurs plaisirs alors qu’ils sont si prompts à parler de leurs peines?

R. La plupart des êtres humains n’osent pas parler du plaisir qu’ils ressentent parce qu’il semble injustifié et gratuit. Ils ont l’impression que seul un plaisir mérité est un plaisir licite et honnête. Or, comme ils ont toujours l’impression d’avoir mérité leur souffrance, parce qu’ils se sentent coupables, ils n’hésitent pas à parler de leurs malheurs avec une grande abondance de détail.

Q. Est-il possible de jouir profondément sans une véritable connaissance de soi?

R. C’est tout à fait impossible, car le plaisir réside dans une relation harmonieuse à soi-même et aux autres. Celui qui s’ignore lui-même ignore son plaisir.

Q. Quel est le plus grand bienfait du plaisir?

R. C’est de nous rendre vrai. Il est difficile de cacher le plaisir qu’on éprouve. C’est en jouissant qu’on apprend à exprimer ce qui est caché. Le plaisir détruit tout ce qui refuse de se montrer. C’est le plus grand ennemi de la religion traditionnelle et des sociétés secrètes. Le plaisir veut la lumière. Il y a une sorte d’impudeur à montrer aux autres qu’on jouit. Quand on le fait, on se sent mis à nu. Celui qui accepte de vivre cette nudité peut seul devenir rayonnant.

Q. Qu’est-ce qui a surtout changé dans les relations entre le plaisir et le bien depuis la chute du christianisme?

R. Auparavant, il fallait trouver le plaisir dans le bien. Aujourd’hui, il faut trouver le bien dans le plaisir.

Q. Que nous apprend l’ascèse du plaisir?

R. Elle nous apprend que le souverain bien est facile d’accès, qu’il est plus agréable d’aimer le plaisir que de s’en priver, que l’effort est le signe de l’erreur.

Q. Que doit-on penser de l’effort comme tel?

R. Il faut en avoir fait beaucoup pour comprendre qu’on aurait pu procéder autrement. La voie qui mène à l’être, à la réalisation, au bonheur infini, est celle de la facilité. Il est facile de dire la vérité; facile de faire ce que l’on veut; facile d’aimer ce que l’on désire; facile de croire en ce que l’on est. L’effort tue l’homme, le rend hypocrite, malveillant et rancunier. Ce n’est pas par des sacrifices qu’on parvient à la réalisation, mais en vivant dans l’harmonie.

Q. En quoi la philosophie jovialiste du plaisir transforme-t-elle notre façon de penser?

R. Elle rend toutes choses plus agréables. Ce qui était un grave problème pour les métaphysiciens du passé devient pour nous un jeu. Aristote, Platon et Kant doivent s’incliner devant les penseurs de l’âge nouveau.

Q. Pour éviter la souffrance, suffit-il de la maîtriser?

R. Il est parfaitement insensé de croire une telle chose. Celui qui maîtrise sa douleur ne l’évite pas. La souffrance est due à une étroitesse d’esprit. Si nous étions plus ouverts, la souffrance ne nous atteindrait pas. Et il n’y aurait aucune raison de nous maîtriser. C’est une chose de courir à toutes jambes pour éviter les mâchoires d’un tigre féroce et c’en est une autre de le caresser. C’est toute la différence entre celui qui lutte pour ne pas souffrir et celui que la souffrance n’atteint pas.

26 – LA PENSÉE

Q. Qu’est-ce que la pensée?

R. La pensée est l’expression la plus simple de l’être lorsqu’il s’aperçoit clairement.

Q. Mais l’être n’est-il pas, jusqu’à un certain point, soumis à l’arbitraire de la pensée, puisque celle-ci a le pouvoir de se séparer de lui et de considérer à part ce qui lui plaît?

R. Oui. Et c’est la raison pour laquelle la pensée positive est si importante dans le développement de l’être. La pensée s’exprime au moyen de formes, d’images, d’intuitions. Chaque acte de pensée concourt à créer des structures d’accueil du réel. Si la forme-pensée émise est négative, l’avenir est sombre, car chaque forme-pensée, en tant que réceptacle intentionnel vide, est en quête d’une réalité susceptible de la remplir et de l’actualiser. Si la forme-pensée est positive, l’avenir est prometteur, car elle attire à elle la réalité correspondante.

Q. Comment fonctionne la pensée?

R. La pensée fonctionne par systèmes partiels. Alors que certains systèmes travaillent d’autres se reposent. Lorsque tous les systèmes fonctionnent en même temps, — ce qui est très rare — alors naît une conception supérieure de l’esprit. Tout homme devrait cher-cher à connaître cette expérience unique. La pensée se manifeste alors comme une fulguration de l’intelligence qui dépasse la vie mortelle et entraîne la conscience vers des régions cosmiques chargées d’énergie, d’être et d’inspiration.

Q. L’exercice de la pensée suppose-t-il nécessairement l’exclusion de certaines attitudes ou comportements?

R. Non. Il n’est pas question d’exclure quoi que ce soit pour penser correctement. C’est même dans l’inclusion, l’absorption, la compréhension que la pensée devient vraiment puissante. Il est absurde de croire qu’on ne peut penser correctement plus d’une chose à la fois. Les pensées obéissent à certains schèmes de développement et une fois émises elles sont capables de faire leur chemin toutes seules. J’irais même jusqu’à dire qu’elles se pensent très bien sans nous et que notre unique souci devrait être de les garder à l’oeil, ne serait-ce que pour savoir ce qu’elles deviennent.

Q. On conseille souvent dans la méditation de faire le vide en soi. Est-ce une bonne habitude?

R. Elle est à déconseiller. Ce n’est pas le vide qu’il faut faire, mais le plein. La pensée a plus à gagner à rester présente à tout ce qui existe qu’à s’isoler pour se recueillir. La véritable force consiste à n’être qu’un avec le monde sans cesser d’être avec soi-même.

Q. Qu’est-ce qui fait la force de la pensée?

R. C’est de pouvoir jouer avec ses problèmes au lieu de se laisser écraser par eux. Seule une irresponsabilité méthodique au niveau des intentions de pensée permet à l’esprit de s’exprimer librement et de surmonter le coefficient d’adversité du monde.

25 – L’OUVERTURE

Q. Qu’est-ce que l’ouverture?

R. L’ouverture est la caractéristique fondamentale de l’être. Elle constitue une mise au monde des potentialités latentes de l’univers. Par l’ouverture, l’homme laisse être toutes choses.

Q. Quel est le plus grand mérite de cette définition de l’ouverture?

R. C’est de réduire à néant l’opposition classique de l’intérieur et de l’extérieur. La vie intérieure de l’être ouvert ne fait qu’une avec sa vie extérieure. L’ouverture implique la conversion complète de ces deux pôles de vie l’un dans l’autre. La conséquence d’une telle attitude est immense. Rien n’est étranger à l’être ouvert. Sa pensée ne s’oppose plus au monde. Il vit à travers les autres comme à travers lui-même. Il est ceci; il est cela, apprenant sans cesse à retrouver son visage sur le visage des autres. Il est accueillant à l’égard du monde. Il ne se refuse pas; il ne cherche pas à suspendre son adhésion au monde. Tous ses mécanismes de défense tombent. Autrui est un autre lui-même.

Q. Quel est le rôle de la communication dans l’ouverture?

R. Communiquer consiste à rendre possible l’ouverture d’autrui en vertu de notre propre ouverture. L’ouverture appelle l’ouverture.

Q. Comment acquérir l’ouverture?

R. En devenant attentif à son existence sans en exclure aucun aspect. L’ouverture exige une conscience constante de son être dans son tout comme dans ses parties. La culture tend à spécialiser l’ouverture. C’est pourquoi il faut sans cesse revenir à la préoccupation de la nature.

Q. À quelle occasion de la vie humaine l’ouverture est-elle la plus favorisée?

R. C’est au cours de la fête. La fête est le moment où l’homme accepte de s’abandonner à ses tendances profondes au nom de ce qui est sacré pour lui.

24 – LA MORT

Q. Qu’est-ce que la mort?

R. La mort représente l’ouverture suprême à l’être. Pour ceux qui ont su rester éveillés durant la vie terrestre, elle constitue la conquête définitive de l’état d’éveil. Mais pour la grande majorité des hommes qui sont demeurés endormis toute leur vie, elle représente seulement l’extinction complète de leurs perceptions.

Q. Qu’y a-t-il après la mort?

R. La question: qu’y a-t-il après la mort? est une fausse question, car elle suppose que la mort est une limite alors qu’elle est un accomplissement. La mort n’est pas une interruption de la vie, mais sa continuation sous un mode nouveau. L’homme qui accède à la vie infinie est comme la chenille qui sort de sa chrysalide transformée en papillon.

Q. Doit-on considérer la mort comme une chose tragique?

R. Certes non! La mort est l’aboutisse-ment naturel de la recherche du bonheur. Nous sommes programmés pour mourir, car c’est là le chemin de la réalisation. La mort n’est donc pas le salaire du péché ou le fruit d’une condamnation, mais une initiation à une vie nouvelle supérieure.

Q. Comment doit-on se conduire devant la mort?

R. La mort doit être aimée parce qu’elle apporte la connaissance. L’homme éveillé ne craint pas la mort, mais la désire. La mort peut surprendre l’homme endormi. Mais l’homme éveillé meurt parce qu’il est prêt.

Q. Quel enseignement pouvons-nous tirer de la mort?

R. Seul celui qui est toujours prêt à mourir vit vraiment l’essentiel. Il faut agir aujourd’hui comme si nous devions mourir demain.

Q. Que représente la mort dans la nature?

R. La mort est l’expression d’un besoin de renouvellement. Elle permet à l’homme d’adopter une nouvelle perspective de vie. Elle fait partie du grand rythme de l’univers et, contrairement à l’opinion reçue, elle n’est pas douloureuse.

Q. Quelle est la meilleure façon pour l’homme de se préparer à mourir?

R. C’est en étudiant la nature de ses rêves que l’homme se prépare le mieux à mourir. Ceux-ci constituent une incursion dans la vie astrale et une première manifestation de cette nouvelle vie à laquelle la mort nous prépare.

Q. La mort peut-elle laisser en nous un regret?

R. Oui, elle le peut. Lorsque nous mourrons, la seule chose que nous regretterons vraiment, ce sera de ne pas avoir assez osé. La vie est une aventure et il importe pour la vivre pleinement de se donner entièrement à chaque instant qui passe.

Q. L’homme naît-il immortel?

R. Non. L’homme ne naît pas immortel; il le devient par un lent travail sur lui-même. L’immortalité n’a de sens que si elle est conquise. On ne devient immortel qu’en encourageant en soi la présence de l’éternel. La plupart des gens sont incapables d’une telle attitude, car ils vivent dans l’éphémère et n’ont aucune idée de ce qui est permanent. On ne saurait attribuer l’immortalité à une machine sans conscience. Que penser d’un sot immortel, d’un crétin immortel? Cela n’a aucun sens.

Q. Que valent les démonstrations de l’immortalité?

R. Pour celui qui a accès à son être, toute démonstration de l’immortalité est superflue. Ses nuits ne sont plus des préludes au néant qui entrecoupent ses moments de conscience diurne. Il vit pleinement la continuité de son être et comprend que la mort n’est qu’une transparence de plus. Celui qui se sent infini ne craint aucune limite.

Q. En quoi réside le secret de l’immortalité?

R. Le secret de l’immortalité est dans la réalisation de notre être. Cela signifie qu’on accède progressivement à la vie astrale, mentale et causale au fur et à mesure que se dégage le profil de l’être. Le reste n’est qu’une question de confiance.

Q. Les morts nous sont-ils présents?

R. La présence n’implique pas toujours la proximité physique. Il y a des morts plus présents que les vivants. Il est possible de s’entretenir avec eux sans intermédiaire comme l’a démontré Swedenborg.

23 – LA MORALE

Q. Qu’est-ce que la morale?

R. La morale est un recueil de lois ineptes et restrictives aux mains des puissants. Son but est d’empêcher les individus d’être eux-mêmes pour pouvoir mieux les exploiter. Or, comme les puissants excellent à convaincre les faibles de défendre leur point de vue, ces derniers, croyant assurer leur salut, s’appliquent à eux-mêmes les préceptes moraux qui leur ont été révélés et s’obligent à les suivre moyennant de grands sacrifices et de grandes douleurs. Après des années de servitude à l’égard des lois, ils ont développé une seconde nature qu’on appelle conscience morale et dont le contrôle sur leurs actes est automatique. La morale cesse alors d’être une obligation extérieure pour devenir une obligation intérieure. Ainsi, l’individu en arrive à s’obliger lui-même, sans l’aide des sanctions ou de la police, à faire des choses pour lesquelles il n’a aucune inclination mais qu’il croit bonnes parce qu’elles favorisent l’ordre instauré par les puissants. Ne voit-on pas que la morale n’existe que parce que les hommes oublient d’être libres.

Q. Pourquoi la morale rend-elle l’homme si malheureux?

R. À cause de sa morale, l’homme ne pense qu’à s’interdire des choses alors qu’il devrait songer à tout se permettre. C’est la principale source de son malheur.

Q. Quel est le grand défaut de la morale?

R. Le grand défaut de la morale est de nous inciter constamment à penser au mal qu’elle interdit.

Q. Qu’est-ce qui frappe l’observateur perspicace quand il examine la nature de l’interdit?

R. Il constate que l’interdit donne le goût de faire ce qu’il défend. L’interdit suscite invariablement la transgression.

Q. Que peut-on encore reprocher à la morale?

R. On peut encore reprocher à la morale d’avoir convaincu l’homme qu’il était assujetti à la loi naturelle. Il l’est sûrement en grande partie. Mais comme il ne savait pas distinguer la loi naturelle des autres lois, il se mit à les respecter toutes, sans discernement, attribuant à celles qu’il ne connaissait pas et qui souvent étaient un produit de l’invention humaine le même pouvoir qu’à celles qu’il connaissait et auxquelles était imputable sa faiblesse. Il en résulta pour lui une crainte perpétuelle d’enfreindre la loi. Dieu lui-même lui apparut comme le gardien des lois. C’est pourquoi les moralistes crurent bon, dans le but de lui faire aimer ce qui le contraignait, de le convaincre que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse.

Q. Un homme seul peut-il tenir tête à la loi?

R. Oui. Il n’y a pas de loi qui tienne devant la force du rêve intérieur de l’homme. Les vérités éternelles s’évanouissent devant la volonté. Un jour, on saura peut-être jusqu’où l’homme sans loi aurait pu se développer.

Q. Pourquoi la loi s’oppose-t-elle au développement individuel de l’homme?

R. La loi n’a de sens que si on immobilise le réel. Or, l’être même de l’homme est de nature dynamique. Parler d’une loi de développement est contradictoire. La loi marque un arrêt dans la marche normale de l’univers vers son but. On objectera que l’administration de l’univers exige l’obéissance à ses lois. Ce n’est pas le cas. Il ne faut pas confondre la loi avec l’énergie libre. L’homme va toujours beaucoup plus loin dans le sens de la perfection lorsqu’il s’en remet à sa liberté au lieu de capituler devant l’autorité. Si jusqu’ici on a défini Dieu comme une source d’autorité, c’est qu’on n’a aucune idée de la façon dont fonctionnent les mondes. L’administration de l’univers n’est que le scénario des libertés.

Q. Quel conseil peut-on donner à celui qui entreprend de briser la loi?

R.1- Ne faites pas la chose à moitié; 2- Sachez pourquoi vous la faites; 3-Soyez sûr de ne pas vous tromper!

Q. Cependant, n’est-il pas vrai que l’homme, au fur et à mesure qu’il se développe, est progressivement et naturellement libéré de la servitude de la loi sans avoir à la combattre?

R. Oui, c’est vrai. Mais un jovialiste préfère choisir lui-même le moment de sa libération plutôt que de se le voir imposer. C’est ici et maintenant qu’il faut vivre le cosmos intérieur et non quand il sera trop tard. Un jovialiste construit sa béatitude où il se trouve. Il n’attend pas le Messie!

Q. Pourquoi la loi semble-t-elle pervertie dans notre monde?

R. C’est parce qu’un vice de formation s’est glissé dans le monde et a rendu l’homme impuissant. Or, comme le seul but poursuivi par la loi est de faire respecter l’ordre, si l’ordre est mauvais, la loi a tort. L’homme ne sera toujours qu’un éternel exploité à moins qu’il ne s’éveille. L’éveil est le fondement de la puissance.

Q. Qu’est-ce qui caractérise les hommes marqués par l’énergie?

R. C’est leur indifférence à l’égard de toute catégorie éthique. Rien ne les oblige. Ils se meuvent dans le monde en toute liberté, foudroyant de leur volonté la loi aveugle.

Q. Qu’est-ce qui fait la validité d’un acte?

R. Un acte ne vaut que par le degré de réalisation personnelle qu’il permet d’atteindre et non parce qu’il est conforme aux lois.

Q. Est-il vrai qu’il y a une façon de faire les choses?

R. Oui, mais il y a autant de façons de les faire qu’il y a d’hommes. La gnose, le yoga, le zen, la religion, la mystique, la science occulte sont autant de façons de se réaliser. Mais, il y en a d’autres qui sont aussi bonnes et qui n’ont jamais été employées.

Q. Faut-il attendre pour agir d’avoir en main les conditions idéales?

R. Non, il ne faut jamais attendre que de meilleures conditions soient données pour agir. Généralement, elles ne le sont pas. C’est au moment où germe un projet qu’il faut s’y adonner sans délai. C’est alors que surgissent les seules conditions valables de son exécution.

Q. Que faut-il penser des sanctions?

R. Toute sanction est inutile. On ne peut obliger quelqu’un à faire le bien et on ne peut l’empêcher de faire le mal. La seule attitude possible envers le mal est l’approbation. L’approbation renforce le bien et détruit le mal. On ne peut se permettre, toutefois, d’igno-rer le mal. Il faut lui faire face, le garder à vue, épuiser son néant d’être par une attention positive soutenue. Ce qui n’a pas la force de s’affirmer sans nier autre chose échoue à maintenir sa position.

Q. La maîtrise de soi peut-elle aider un individu à s’accomplir?

R. Non. La maîtrise de soi détruit la créativité et entraîne l’homme à sa perte. Elle signifie invariablement que l’homme se dresse contre une partie de lui-même. Or, tout royaume divisé contre lui-même périt. Il est inutile de chercher à réprimer nos instincts, nos émotions, notre sexualité. Ce sont là des expressions positives de notre être. On peut chercher à intégrer ces différentes manifestations, mais vouloir leur imposer une loi qui ne serait pas la leur est absurde.

Q. Mais l’absence de maîtrise n’entraîne-t-elle pas l’anarchie?

R. Non. L’absence de maîtrise n’est pas synonyme de désordre, mais de calme et d’équilibre. Plus un individu se contrôle, plus il est susceptible d’échapper à son contrôle de façon compulsive. Il faut se laisser être, accepter spontanément les diverses manifestations de son essence, vivre en harmonie avec soi. Ne nous rebellons pas contre nous-mêmes, mais contre les mauvaises conditions d’existence. Il est bien assez ridicule de voir que les autres veulent nous dominer, ne cherchons pas à nous dominer en plus. Ouvrons toutes grandes les portes de la perception et comprenons que l’homme n’est vraiment accompli que lorsqu’il peut dire: je suis, j’existe!

Q. N’y a-t-il pas ici une contradiction puisque le jovialisme, au moment même où il condamne la maîtrise, incite les gens à devenir leurs propres maîtres?

R. C’est une erreur assez répandue de croire qu’un maître se maîtrise. S’il est un maître, c’est parce qu’il ne se maîtrise pas. Mais, il maîtrise un grand nombre d’autres choses. Et c’est là seulement que se manifeste son pouvoir.

22 – LE MONDE

Q. Qu’est-ce que le monde?

R. Le monde est l’ensemble des événements qui marquent un homme. Le monde est ce qui arrive de toute part.

Q. Quelle attitude un jovialiste adopte-t-il devant le monde?

R. Il s’y sent à l’aise parce qu’il sait que le monde dans lequel il vit est le meilleur des mondes possibles. Il ne cherche donc pas à le fuir, mais à s’y installer aussi agréablement qu’il le peut.

Q. En quoi l’attitude des jovialistes devant le monde diffère-t-elle de celle des autres hommes?

R. Ce qui caractérise les hommes, c’est l’amour du lointain. Ils sont incapables d’apprécier ce qui est près d’eux. Par contre, ils estiment beaucoup ce qui est inaccessible. C’est pourquoi ils ont mis le paradis dans un autre monde et ont reporté à plus tard le projet d’être pleinement heureux. L’attitude des jovialistes est très différente. C’est en ce monde-ci qu’ils veulent d’abord se réaliser et ils n’acceptent aucun délai qui les séparerait du moment où ils jouiront pleinement. Ils considèrent le monde de l’au-delà comme un refuge contre le monde d’ici-bas, le seul monde valable pour eux tant qu’ils l’habitent.

Q. Qu’est-ce qui caractérise le comportement du jovialiste devant le monde?

R. C’est l’audace. Il vaut mieux être hardi que prudent si l’on veut forcer la main du destin. Rien ne saurait résister à un homme qui pense avec audace et sait se servir des moyens qui sont en son pouvoir.

Q. Qu’est-ce qui est sûr dans le monde?

R. Rien n’est sûr hormis l’Absolu.

Q. Faut-il chercher la sécurité dans le monde?

R. Non. La sécurité engourdit, inhibe, aliène. La plupart des hommes vivent dans la peur parce qu’ils ont orienté leur esprit vers la sécurité au lieu de l’orienter vers la certitude.

Q. Trouve-t-on toujours ce que l’on cherche dans le monde?

R. Oui. Celui qui cherche sans trouver finit par trouver sans chercher. Mais, la recherche est toujours une voie de longueur et de constants délais. Il faut inventer ce qu’on échoue à découvrir. Sans cela, comment pourrait-il jamais y avoir de certitude?

21 – LE MOI

Q. Qu’est-ce que le Moi?

R. Le Moi est le principe de polarisation des expériences psychiques chez un individu donné. Il représente une unité dynamique de courte durée. La vie humaine individuelle est constituée de plusieurs Moi successifs qui obligent l’homme à reposer sans cesse le problème de son identité.

Q. Quel est le rôle du Moi?

R. Le Moi constitue pour la vie consciente un pôle de référence fondamental sans lequel il n’y aurait pas d’expérience possible. Le Moi ne peut donc pas être dépassé de l’extérieur, mais il peut s’ouvrir au Soi de l’intérieur.

Q. Qu’est-ce que le Soi?

R. Le Soi est le centre de rayonnement de notre psyché, l’horizon de tous nos Moi successifs et leur principe d’intégration.

Q. Doit-on renoncer au Moi pour aller au Soi?

R. Non, on ne renonce pas au Moi qui est la base provisoire de nos expériences. Une révolte contre le Moi est absurde: — on ne se révolte pas contre soi-même. Le Moi est l’unique véhicule dont dispose l’homme pour aller au Soi. Il doit donc lui faire confiance et chercher à l’intégrer aux perspectives supérieures qui s’offrent à lui au lieu de l’en exclure.

Q. Qu’est-ce que la conscience du Soi apporte au Moi?

R. La vie du Moi est naïvement orientée au monde. Seule la conscience du Soi peut ramener le Moi à l’être. La projection de l’Absolu représente le dépassement — ce qui implique l’intégration — de la logique analytique du Moi dans la dialectique synthétique du Soi.

Q. Pourquoi dit-on parfois que le Soi est anti-social?

R. Celui qui se consacre à soi paraît se détourner des autres; il semble vouloir se replier sur lui-même. Mais, le Soi permet l’approfondissement du Moi. Alors que le Moi naïf semblerait égoïste en se penchant sur lui-même, le Soi ouvre des perspectives de com-munication qui permettent de s’approcher des autres différemment, mais aussi de façon plus profonde. La plupart des gens ne savent pas faire la différence entre ces deux attitudes.

Q. Le Soi joue-t-il un rôle dans l’activité physique de l’amour?

R. Oui. Il permet au plaisir qu’on éprouve de s’épanouir en bonheur réel. Dans la rencontre amoureuse, on s’unit physiquement à l’être aimé, mais c’est au Soi profond qu’on fait l’amour.

20 – LA MATIÈRE

Q. Qu’est-ce que la matière?

R. Les seules conceptions que nous pouvons nous former de la matière sont abstraites. Elle ne correspond à rien de réel. Elle n’est que la supposition incertaine d’un inconnaissable qui se tient derrière le phénomène pour lui servir de support. Or, il n’y a rien derrière le phénomène. L’existence phénoménale n’est que l’entrelac de toutes nos perceptions regroupées selon certaines lois d’apparition et de manifestation régies par l’Énergie maîtresse de l’univers.

Q. Mais alors, peut-on dire que la matière existe?

R. Non, la matière n’existe pas; il n’y a que des perspectives selon lesquelles s’organisent nos représentations. Ce que nous appelons matière n’est pas identifiable concrètement par la perception. Elle représente le produit d’un processus abstrait au terme duquel elle nous apparaît comme l’objectivation de notre propre impuissance à dépasser nos limites.

Q. Il y a donc une grande différence entre l’idée de matière et celle de réalité?

R. Oui. La première est abstraite; la seconde est concrète. L’une est conçue par l’esprit en vue d’éliminer un problème gênant; l’autre est perçue comme un ensemble de déterminations auxquelles la majorité des hommes s’adaptent et qu’un petit nombre cherche à transformer.

Q. La réalité sans la matière peut-elle avoir autant de cohésion?

R. Oui. D’ailleurs, la réalité est plus facilement explicable de cette façon. Le phénomène se donne comme une représentation que la science peut épuiser par l’observation et non comme une masse inerte, impénétrable et inintelligible. Quand on se penche sur l’étude des phénomènes, il y a toujours une autre explication de l’univers plus satisfaisante que l’explication matérialiste. Un grand nombre de problèmes philosophiques peuvent être résolus en niant l’existence de la matière.

Q. La négation de la matière change-t-elle quelque chose à la perception de la réalité?

R. En principe, non, bien qu’il soit possible, dans certains états, d’avoir une expérience vécue de l’immatérialité et de la transparence intelligible des phénomènes. Ce qui se produit alors fait penser à une vision cinématographique à l’intérieur de laquelle la réalité se démonte et nous apparaît dans le détail de ses parties constituantes.

Q. Si la matière n’existe pas, si aucune création ne garantit une structure originelle de base fondant la cohérence de l’univers, comment expliquer le surgissement des phénomènes?

R. Les phénomènes sont suggérés à la conscience de façon irrésistible par le jeu tout-puissant de l’Énergie maîtresse de l’univers. Devant cette suggestion, l’homme n’a d’autre choix que de se soumettre et l’univers est pour lui comme une hallucination permanente qui le maintient dans un état d’hypnose. Sans cesse, la réalité s’impose à ses perceptions. Or, il arrive, en certaines circonstances, à la suite d’un travail sur lui-même, que l’homme échappe provisoirement à la suggestion qui inhibe ses facultés créatrices. Il voit alors comment l’énergie opère au coeur des phénomènes et peut s’inspirer d’elle pour modifier la réalité. C’est ce qui s’est passé aux noces de Cana quand Jésus transforma l’eau en vin. Mais, de façon générale, la suggestion ne cesse qu’avec la mort et, pendant sa vie terrestre, l’homme ne peut envisager de s’imposer à l’énergie qu’en la laissant opérer en lui pour mieux pouvoir s’identifier à elle et s’en servir.

19 – LA LIBERTÉ

Q. Qu’est-ce que la liberté?

R. Etre libre, c’est laisser être. L’homme libre commence d’abord par se laisser être lui-même. Il n’a pas besoin de se maîtriser pour éviter de faire des bêtises, car il est réconcilié avec son être profond. Il laisse être les autres aussi et s’arrange pour qu’ils se sentent eux-mêmes devant lui. Si l’on croit que la chose est impossible, qu’on se rappelle à quel point il est facile de manipuler des robots. Peu de gens sont éveillés. La plupart dorment profondément et laissent agir leur contrôle automatique. L’homme libre possède la clé de ces automatismes et fait en sorte qu’ils n’entravent pas sa libre communication avec autrui. En effet, il est possible de s’adresser au psychisme d’un homme endormi et de dialoguer avec l’étincelle de vie divine qui séjourne en lui.

Q. Mais, pour se laisser être, ne faut-il pas accepter bien des choses sans chercher à leur imposer une contrainte?

R. Exactement. C’est pourquoi la liberté est aussi la somme de tous les déterminismes assumés, acceptés, choisis, orientés. Éviter tout déterminisme est impossible en ce monde. Savoir découvrir ceux qui favorisent le mieux notre liberté est presque aussi difficile, car nous ignorons beaucoup de nous-mêmes jusqu’au jour où nous décidons d’être vraiment conscients. Une fois que nous avons bien identifié ceux auxquels nous voulons être exposés cependant, alors la liberté s’exprime à sa pleine mesure.

Q. La liberté implique-t-elle que l’homme puisse se passer des autres?

R. Être libre, c’est n’avoir besoin des autres que pour son plaisir.

Q. La liberté totale existe-t-elle?

R. Oui. Tout est permis. Maintenant, décidons de ce que nous ferons pour assurer au maximum notre bonheur.

Q. Y a-t-il des limites à la liberté?

R. Oui, dans la mesure où l’on définit la limite comme la projection dans le monde de ses propres inhibitions. Or, la limite de la liberté ne devrait jamais être la loi, mais la liberté d’autrui franchement acceptée en garantie de la sienne propre.

Q. L’homme libre peut-il s’engager sans perdre sa liberté?

R. Oui. Mais l’homme libre n’éprouve pas le besoin de se sentir lié pour être engagé. Il est sans obligation, et pourtant, sa conduite est droite, car il sait qu’il y a plus de profit à tirer de la droiture que de la mauvaise foi.

Q. Est-ce que « laisser être » veut dire « laisser faire »?

R. Non. Laisser être ne veut pas dire laisser faire. Vous n’empêchez pas d’être votre enfant en l’empêchant de jouer avec un bâton de dynamite.

Q. Un gouvernement peut-il donner la liberté à une nation?

R. Non. La liberté ne s’impose pas. Elle se gagne. C’est la raison pour laquelle il y a des guerres de libération. Ce n’est pas seulement où nous sommes qu’il faut la liberté. Nous voulons nous sentir libres partout.

Q. Y a-t-il conflit entre l’autorité et la liberté?

R. Oui. L’homme qui accepte l’autorité remet complaisamment sa responsabilité aux mains des autres. L’autorité engendre la peur; la peur engendre le mensonge; le mensonge engendre l’ignorance et l’ignorance engendre l’autorité. La boucle est bouclée.

Q. Peut-on être libre et se battre pour un idéal?

R. Non. Celui qui se bat pour une cause n’est pas libre. C’est un mercenaire qui s’est trouvé un maître. Sans doute est-il parfois nécessaire de se battre, mais tant qu’on se bat, même si c’est pour assurer la liberté future, on ne peut être libre. Moïse n’entrera jamais dans la Terre Promise.

Q. La liberté s’oppose-t-elle à la raison?

R. Non. La raison, c’est la liberté qui s’organise et devient consciente de ses différents moments.

Q. Peut-on craindre de trop exiger du destin?

R. Non. Exigez tout du destin. Si vous obtenez beaucoup, demandez plus. Si vous obtenez plus, demandez davantage. Rien ne devrait vous résister. Un vrai jovialiste ne s’avoue jamais vaincu. Il croit en l’impossible et fait de ses rêves des réalités. Il ne recule pas devant la menace. Mais il évite de souffrir pour ses idées, car il y a toujours un moyen agréable auquel il n’a pas songé pour les défendre.

Q. L’homme qui est esclave de sa situation dans le monde est-il libre?

R. Non. L’homme crée lui-même la situation qui l’entoure. Il fait converger les événements vers lui. La brique qui se détache du toit ne tombe pas sur n’importe quelle tête. S’il s’arrange pour être limité par sa situation, c’est qu’il cherche à imposer à sa liberté des restrictions qu’il n’ose s’admettre à lui-même. L’homme est beaucoup plus puissant qu’il ne croit. Même celui qui est victime d’un accident causé à son domicile en son absence est responsable. La victime guide toujours la main du bourreau et souvent elle n’est attaquée que parce qu’elle a agressé son agresseur. Un homme peut traverser le monde, guidé par vous, pour venir vous tuer. La victime a toujours tort.