2 – L’AMOUR

Q. Qu’est-ce que l’amour?

R. L’amour est le pur sentiment de la vie. Mais pour aimer, il faut être. Celui qui n’est pas lui-même n’aime pas véritablement. Il s’accroche; il veut posséder.

Q. Peut-on identifier l’amour au bonheur?

R. Non, car notre conception de l’amour est fondée sur le besoin de posséder. Comme notre besoin est rarement satisfait, l’amour souvent est malheureux. Les grands mythes de l’histoire d’amour de l’humanité sont tous tristes.

Q. En quoi l’amour diffère-t-il du bonheur?

R. L’amour est un appétit du relatif. Le bonheur est un appétit d’Absolu.

Q. Le bonheur est-il plus désirable que l’amour pour un être humain?

R. Oui, car le bonheur récupère et englobe l’amour, lui donne une ouverture dont l’amour, seul, est incapable. On a vu souvent des gens aimer sans être heureux, mais rarement des gens être heureux sans aimer.

Q. Y a-t-il lieu alors de se méfier de l’amour?

R. Oui, en un sens; car il est faux de penser que l’amour sauve. Au contraire, il détruit l’être humain non préparé au don de soi et le fait s’agripper à une loi autre que la sienne. L’amour a tué plus de gens que les guerres parce qu’il n’a jamais été vraiment libre.

Q. En quel sens l’amour peut-il détruire l’homme qui n’est pas lui-même?

R. En l’orientant vers la vie au lieu de l’amener à l’être. L’amour représente ce qu’il y a de plus profond et de plus riche dans la vie; mais, par rapport à l’être, il est ce qu’il y a de plus illusoire et de plus pauvre.

Q. L’amour peut-il changer le monde?

R. L’amour échouera toujours à chan-ger le monde, car il est impuissant. Le bonheur le pourrait, mais il ne le veut pas.

Q. Pourquoi l’amour est-il impuissant?

R. Parce qu’en dévoilant notre fragilité face à autrui, il ouvre la porte à la douleur. Une émotion individuelle qui fait la faiblesse de l’homme est inapte à devenir une passion collective. Or, c’est collectivement que nous sommes puissants.

Q. Comment peut-on dépasser l’amour sans cesser d’aimer?

R. En aimant par goût et non par besoin. Une fois soumis à la nécessité de jouir de la vie, l’amour cesse de s’imposer comme une cause de douleur.