19 – LA LIBERTÉ

Q. Qu’est-ce que la liberté?

R. Etre libre, c’est laisser être. L’homme libre commence d’abord par se laisser être lui-même. Il n’a pas besoin de se maîtriser pour éviter de faire des bêtises, car il est réconcilié avec son être profond. Il laisse être les autres aussi et s’arrange pour qu’ils se sentent eux-mêmes devant lui. Si l’on croit que la chose est impossible, qu’on se rappelle à quel point il est facile de manipuler des robots. Peu de gens sont éveillés. La plupart dorment profondément et laissent agir leur contrôle automatique. L’homme libre possède la clé de ces automatismes et fait en sorte qu’ils n’entravent pas sa libre communication avec autrui. En effet, il est possible de s’adresser au psychisme d’un homme endormi et de dialoguer avec l’étincelle de vie divine qui séjourne en lui.

Q. Mais, pour se laisser être, ne faut-il pas accepter bien des choses sans chercher à leur imposer une contrainte?

R. Exactement. C’est pourquoi la liberté est aussi la somme de tous les déterminismes assumés, acceptés, choisis, orientés. Éviter tout déterminisme est impossible en ce monde. Savoir découvrir ceux qui favorisent le mieux notre liberté est presque aussi difficile, car nous ignorons beaucoup de nous-mêmes jusqu’au jour où nous décidons d’être vraiment conscients. Une fois que nous avons bien identifié ceux auxquels nous voulons être exposés cependant, alors la liberté s’exprime à sa pleine mesure.

Q. La liberté implique-t-elle que l’homme puisse se passer des autres?

R. Être libre, c’est n’avoir besoin des autres que pour son plaisir.

Q. La liberté totale existe-t-elle?

R. Oui. Tout est permis. Maintenant, décidons de ce que nous ferons pour assurer au maximum notre bonheur.

Q. Y a-t-il des limites à la liberté?

R. Oui, dans la mesure où l’on définit la limite comme la projection dans le monde de ses propres inhibitions. Or, la limite de la liberté ne devrait jamais être la loi, mais la liberté d’autrui franchement acceptée en garantie de la sienne propre.

Q. L’homme libre peut-il s’engager sans perdre sa liberté?

R. Oui. Mais l’homme libre n’éprouve pas le besoin de se sentir lié pour être engagé. Il est sans obligation, et pourtant, sa conduite est droite, car il sait qu’il y a plus de profit à tirer de la droiture que de la mauvaise foi.

Q. Est-ce que « laisser être » veut dire « laisser faire »?

R. Non. Laisser être ne veut pas dire laisser faire. Vous n’empêchez pas d’être votre enfant en l’empêchant de jouer avec un bâton de dynamite.

Q. Un gouvernement peut-il donner la liberté à une nation?

R. Non. La liberté ne s’impose pas. Elle se gagne. C’est la raison pour laquelle il y a des guerres de libération. Ce n’est pas seulement où nous sommes qu’il faut la liberté. Nous voulons nous sentir libres partout.

Q. Y a-t-il conflit entre l’autorité et la liberté?

R. Oui. L’homme qui accepte l’autorité remet complaisamment sa responsabilité aux mains des autres. L’autorité engendre la peur; la peur engendre le mensonge; le mensonge engendre l’ignorance et l’ignorance engendre l’autorité. La boucle est bouclée.

Q. Peut-on être libre et se battre pour un idéal?

R. Non. Celui qui se bat pour une cause n’est pas libre. C’est un mercenaire qui s’est trouvé un maître. Sans doute est-il parfois nécessaire de se battre, mais tant qu’on se bat, même si c’est pour assurer la liberté future, on ne peut être libre. Moïse n’entrera jamais dans la Terre Promise.

Q. La liberté s’oppose-t-elle à la raison?

R. Non. La raison, c’est la liberté qui s’organise et devient consciente de ses différents moments.

Q. Peut-on craindre de trop exiger du destin?

R. Non. Exigez tout du destin. Si vous obtenez beaucoup, demandez plus. Si vous obtenez plus, demandez davantage. Rien ne devrait vous résister. Un vrai jovialiste ne s’avoue jamais vaincu. Il croit en l’impossible et fait de ses rêves des réalités. Il ne recule pas devant la menace. Mais il évite de souffrir pour ses idées, car il y a toujours un moyen agréable auquel il n’a pas songé pour les défendre.

Q. L’homme qui est esclave de sa situation dans le monde est-il libre?

R. Non. L’homme crée lui-même la situation qui l’entoure. Il fait converger les événements vers lui. La brique qui se détache du toit ne tombe pas sur n’importe quelle tête. S’il s’arrange pour être limité par sa situation, c’est qu’il cherche à imposer à sa liberté des restrictions qu’il n’ose s’admettre à lui-même. L’homme est beaucoup plus puissant qu’il ne croit. Même celui qui est victime d’un accident causé à son domicile en son absence est responsable. La victime guide toujours la main du bourreau et souvent elle n’est attaquée que parce qu’elle a agressé son agresseur. Un homme peut traverser le monde, guidé par vous, pour venir vous tuer. La victime a toujours tort.