17 – L’INFINI

Q. Qu’est-ce que l’infini?

R. L’infini est le matériau dont l’homme se sert pour faire l’Absolu. En effet, l’homme ne saurait tirer de lui-même, lui qui est relatif, ce qui est nécessaire à l’élaboration d’une oeuvre qui dépasse le relatif. Il faut donc qu’il le cherche dans le monde et il le découvre en scrutant les téléologies et les transcendances qui marquent le sensible. L’infini est toujours donné en situation. Il est ici, il est là, dans un son, une harmonie, une couleur, une forme qui évoquent le divin. On n’a qu’à le prendre. Il est comme la manne que les Hébreux cueillaient dans le désert.

Q. Comment peut-on penser l’infini?

R. Le seul moyen de penser l’infini est de laisser l’infini se penser lui-même à travers nous en attendant de devenir nous-mêmes infinis. Mais, objecterez-vous, n’y aura-t-il pas alors une évolution? Non. On ne change que pour être de façon plus parfaite ce qu’on est déjà.

Q. L’infini est-il fondamentalement différent du fini?

R. L’infini ne diffère du fini que par notre façon de le considérer. Tout se passe comme si l’infini suscitait devant lui le fini en tant que le fini représente un besoin d’infini. Mais, en fait, l’infini est partout semblable à lui-même, sous quelque forme qu’il se présente, et, à travers le fini, c’est encore lui qui se cherche sous les apparences de l’inquiétude, du vide et de l’impuissance.

Q. Que signifie pour l’homme avoir le sens de l’infini?

R. Cela signifie qu’il est sans cesse attentif à ce qui lui arrive de façon à retrouver dans les événements qui le marquent les traces de l’infini qui s’exprime en eux.

Q. En quel sens le sentiment de l’infini peut-il influencer la vie sociale?

R. La dialectique du maître et de l’esclave qui caractérise les rapports entre les humains est à l’image d’une société où chaque individu est limité par les autres, alors qu’il serait si simple de se consacrer à l’infini et d’éviter ainsi toute compétition par l’immensité même de notre champ de prospection.

Q. L’action de l’homme doit-elle se conformer à une mesure quelconque?

R. Nous ne sommes pas faits pour nous imposer une mesure, mais pour assumer la démesure qui est en nous. Sans excès, pas de perfection. Nos facultés sont des fenêtres ouvertes sur l’infini et il importe que nous nous accommodions du paysage.