14 – L’ÉVOLUTION

Q. Peut-on dire que l’homme évolue?

R. Non, l’homme n’évolue pas. Il a changé au cours des âges; il a réalisé des progrès techniques à certaines époques du monde, mais chaque phase de progression a été suivie par une phase régressive. Aussi n’a-t-il fait véritablement aucun pas en avant. Prétendre que l’homme évolue, c’est refuser de voir la réalité telle qu’elle est. Affirmer que l’homme descend du singe, c’est énoncer une proposition gratuite.

Q. Pourquoi nier l’évolution?

R. À cause de l’unité de l’être. Nous sommes qualifiés par notre avenir. Le Dieu que l’homme a à devenir vit déjà en lui. Tout est arrivé; il ne nous reste qu’à en prendre conscience. La fin est le commencement en tant que but.

Q. Doit-on en conclure que la thèse de Darwin sur l’évolution des espèces est fausse?

R. Oui, et celles de Spencer, d’Alexander, de Schiller, de Bergson, de Teilhard et d’Aurobindo aussi. Je ne crois pas à l’évolution des espèces, mais seulement à leur transformation à la suite de catastrophes naturelles. Je ne crois pas qu’un homme puisse réellement devenir autre qu’il n’est après avoir évolué. On ne devient que ce qu’on est.

Q. Mais alors, comment est né l’homme?

R. L’homme n’a pu naître et évoluer sur terre. Les conditions sont trop mauvaises. La vie ici est refermée sur soi. Elle tourne en rond. Comment pourrait-elle évoluer? Seul l’être pourrait évoluer; mais il ne le souhaite, ni ne le veux, car il est déjà qualifié par ce qu’il sera.

Q. Le changement n’est-il pas une évolution?

R. Non. Il arrive que le changement donne plus de conscience, mais il ne fait pas évoluer. Il n’est pas possible de changer de plan de vie dans une même existence. Seule la mort permet une amélioration de l’être, l’apparition en nous d’un élément radicalement nouveau. Mais, il n’y a évolution que si elle nous permet de quitter le plan physique. Si elle devait nous y ramener, comme dans le cas de la réincarnation, elle nous obligerait simplement à reprendre un travail qui n’a pas été fait; mais il n’y aurait pas évolution. Le physique est ordonné d’en haut. Il n’évolue pas. Et le psychique n’évolue que s’il n’est pas lié à cette terre. En d’autres mots, l’évolution ne concerne pas l’homme que nous sommes, mais seulement l’être qui s’en dégagera un jour quand l’homme ne sera plus. Cet être, évidemment, ne pourra que se définir contre sa propre genèse, puisque, installé dans son absoluité, il sera posé comme un facteur éternel de développement. Et l’évolution, à supposer qu’elle ait eu un sens, n’apparaîtra plus que comme une fiction salvatrice sans avenir.

Q. Mais l’avenir de l’homme n’appelle-t-il pas l’évolution?

R. Le fait que l’homme soit appelé à une vie astrale, mentale ou causale ne prouve pas qu’il évolue, mais seulement qu’il est amené progressivement à renoncer au physique, non par sa volonté d’abord, mais par la force des choses.

Q. Comment se fait-il que la vie échoue à évoluer?

R. C’est parce qu’elle est repliée sur elle-même. Seule la mort l’ouvre à autre chose. Mais en s’ouvrant, elle s’épuise, elle disparaît. Un vivant s’en va; un autre arrive. Plus la vie change, plus elle redevient ce qu’elle est. La vie n’est pas l’être. Elle ne le sera jamais. Ce qui est éphémère ne deviendra jamais permanent.

Q. Que penser de ceux qui veulent évoluer?

R. Ce sont des aveugles qui ne comprennent pas leur propre perfection. Ils peuvent désirer changer, mais ils n’en deviendront que plus eux-mêmes. Jamais ils ne seront plus parfaits en cette vie que ce qu’ils se permettent d’être maintenant.